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Engagements e l’Église Catholique pour la résolution de la crise en RCA

« Conférence/Atelier de renforcement des capacités des chefs religieux chrétiens et musulmans pour la prévention des conflits et le rétablissement de la paix comme préalablement au développement ».

 

Thème : L’implication des religions dans la crise actuelle en RCA. Les défis et les perspectives pour les religions d’être des agents de la paix et de la réconciliation.

                        I.     Prolégomènes

Chers organisateurs,

Distingués invités,

Révérends présentateurs,

Qu’il me soit permis de prime abord de saluer votre présence, ainsi que cette initiative qui vise à mon sens à mieux outiller les leaders religieux afin qu’ils aident plus efficacement, en raison de leur office, à incarner la paix en Centrafrique, mettant ainsi un terme aux nombreuses souffrances dues à cette énième crise militaro-politique qui court encore et qui meurtrit notre pays. Merci aux uns et aux autres, et merci pour cet espace de réflexions et d’échanges.

Aussi voudrais-je déjà relever une ambiguïté que peut receler la phrase inaugurale du thème qui nous est imparti ; « L’implication des religions dans la crise actuelle en RCA » peut laisser entendre que les religions sont partie-prenantes dans l’avènement de cette crise en Centrafrique. Je crois qu’il n’en est pas ainsi, je le crois encore plus fermement pour la religion que je représente : la religion catholique.

De fait, il s’agit d’une crise militaro-politique qui a fortement impacté et impacte encore fortement sur le socioreligieux à telle enseigne que nos Pères Évêques de l’Église Catholique en Centrafrique se sont interrogés : « Comment expliquer l’acharnement avec lequel les éléments de SELEKA se sont pris à nos institutions ? »[1]

L’Église Catholique s’est ainsi engagée pour comprendre la crise, la dénoncer, interpeller ceux qui en sont commanditaires, secourir les victimes, et aider à sa résolution. Les lignes qui suivent visent essentiellement à dire ces engagements de l’Église Catholiques.

                      II.     Les engagements de l’Église catholique :

« Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie. » (1 Co. 12, 26). C’est cette affirmation paulinienne qui sous-tend et permet de comprendre la réalité et l’engagement de mon Église dans les moments de peine et de joie.

Mon Église est Catholique et Apostolique, c’est-à-dire universelle et investie de la mission d’engagement en faveur de la vérité, ceci pour le bien de tous et la gloire de Dieu. Elle vise donc le bien intégral et solidaire de l’homme. Ainsi, si quelque part des hommes souffrent, Toute l’Église Catholique est à leurs côtés. C’est le cas en Centrafrique où nous avons éprouvé l’engagement de l’Église Catholique à tous les niveaux de sa structure hiérarchique aux côtés des personnes vivant dans ce pays : Le Saint Siège, l’Association des Conférences Épiscopales de la Région de l’Afrique Centrale (CERAC), la Conférence Épiscopale Centrafricaine (CECA), les différents Évêques de Centrafrique, singulièrement l’Archevêque de Bangui, les prêtres, religieux et religieuses, ainsi que tous les laïcs.

1.    Le Saint Siège

L’expression « Saint Siège » désigne l’Église Catholique de Rome où siège le Pape, successeur de Pierre et principe de l’unité de toute l’Église. Le Pape s’entoure de Cardinaux à qui il confie des charges précises. Au nombre de ces derniers figure Fernando Cardinal FILONI qui est le Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples. Il était le premier à intervenir, relayé par le Pape François lui-même, au nom du Saint Siège dans la crise vécue en Centrafrique.

a.    Le Cardinal Fernando FILONI

Il a fait deux interventions :

  • Ø d’abord à travers un message de proximité et de solidarité qu’il a envoyé aux Evêques et aux Fidèles de République Centrafricaine en la date du 04 janvier 20134 : « La Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples suit avec une particulière attention la situation qui prévaut dans votre Pays. Préoccupée par la tournure qu’ont prise les événements ces derniers jours, elle vous exprime sa proximité spirituelle et vous invite à garder l’espérance de paix que vient d’apporter à l’humanité entière l’Enfant de Bethléem, Jésus, l’Emmanuel, car comme l’a souligné le Saint Père, le Pape Benoît XVI, dans son Message pour la Journée Mondiale de la Paix : « la paix n’est pas un rêve, ce n’est pas une utopie : elle est possible. Alors que j’exprime l’assurance de nos prières pour les victimes de cette situation de violence et pour leurs familles, j’en appelle au sens de responsabilité des uns et des autres pour qu’à travers le dialogue, seul moyen efficace pour le rétablissement d’une paix durable, ils mettent fin à ce cycle de violences qui ne fait qu’accroître la misère de ce peuple qui n’a que trop souffert. Puisse Jésus, Prince de la Paix, ouvrir les cœurs de tous les centrafricains pour accueillir ce don précieux de Dieu à l’humanité ».
  • Ø ensuite lors de l’Audience qu’il a accordée le 2 juillet 2013 à Mgr Dieudonné NZAPALAINGA et aux pèlerins rendus à Rome pour l’imposition du pallium. Le cardinal FILONI les a encouragés « suite à la situation difficile dans laquelle se trouve actuellement l’Eglise en République centrafricaine ». Il a réaffirmé « que l’Eglise en République centrafricaine se trouve au centre de l’attention de la Congrégation et qu’elle entend continuer à en soutenir la croissance et le renouvellement entrepris ». Exhortant à être toujours « artisans de paix et constructeurs de justice », il les a également assurés « qu’ils ne sont pas seuls. L’Eglise entière est avec eux ».

b.    Le Pape François

Le Pape s’est aussi engagé directement pour la résolution de la crise en Centrafrique ; ceci à trois reprises :

  • Ø D’abord le mercredi 27/03/13 lors de sa première audience générale après son élection comme Pape. Le pape François a appelé à « un arrêt immédiat des violences et des pillages » en Centrafrique : « Je lance un appel pour que cessent immédiatement les violences et les pillages, et que soit trouvée au plus tôt une solution politique à la crise qui puisse redonner la paix », a-t-il affirmé devant des milliers de personnes rassemblées place Saint-Pierre. 
 Notons que c’est la première fois que le pape mentionne un conflit spécifique depuis son élection le 13 mars, et c’est le cas centrafricain qu’il a mentionné.
  • Ø Ensuite lors de la Bénédiction Urbi et orbi accordée le dimanche 31 mars 2013, dimanche de Pâques le Pape François a dit : « Paix dans l’est de la République Démocratique du Congo et en République Centrafricaine, où nombreux sont ceux qui sont contraints à laisser leurs maisons et vivent encore dans la peur…Chers frères et sœurs, à vous tous qui m’écoutez de Rome et de toutes les parties du monde, j’adresse l’invitation du Psaume : « Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour ! Oui, que le dise Israël : ‘ Éternel est son amour !’ » (Ps 117, 1-2). »
  • Ø À la prière de l’Angélus du 29 juin 2013 en la fête des apôtres Pierre et Paul, saints patrons de l’Eglise de Rome, le pape François a encore exprimé sa proximité avec la population de la République Centrafricaine et l’encourage à l’espérance et à la foi. Le pape a en effet mentionné seulement le Centrafrique ou la situation est tragique : « Chers frères et sœurs, Je salue avec joie les pèlerins venus de différents pays pour fêter les archevêques métropolitains. Je prie pour toutes leurs communautés ; j’encourage en particulier le peuple de Centrafrique, durement éprouvé, à marcher avec foi et espérance. Je vous salue tous avec affection : familles, fidèles de tant de paroisses et associations. »

Le pape est donc intervenu trois fois de suite pour parler de la situation de crise en Centrafrique et inviter à un retour à la paix. Le chiffre trois est hautement symbolique : toute l’Église Catholique est engagée pour qu’advienne la paix en Centrafrique.

2.    Les Pères Évêques de l’ACERAC : Message du conseil permanent à l’Eglise de Centrafrique

Réunis en conseil permanent du 19 au 22 février 2013, à N’Djamena au Tchad, les évêques présidents des six conférences épiscopales de la région Acerac ont réfléchi sur un certain nombre de dossiers d’importance, liés à la vie de leur institution. A l’issue de leur rencontre, les membres du conseil permanent de l’Acerac ont adressé un message de solidarité à l’Eglise de Centrafrique, secouée par des conflits armés sévissant dans le pays.

«Si nous avons largement part aux souffrances du Christ, par lui nous sommes largement réconfortés» (2 Co. 1,5). C’est par ces mots de Saint Paul que les pères évêques de l’ACERAC se sont adressés à leurs « chers frères et sœurs de l’Eglise catholique et hommes de bonne volonté en Centrafrique » pour manifester leur solidarité et leur encouragement dans les moments de souffrance et de désarroi vécus en Centrafrique.

3.    Les Pères Évêques de la CECA

La Conférence Épiscopale Centrafricaine a vécu cette crise dans son âme et dans sa chair. Elle n’a pas manqué de le dire dans nombreux messages dont nous retenons deux qui ont été adressés au Président de la Transition, Chef de l’État ; et un au peuple de Dieu en Centrafrique.

a.    Message du 23 avril 2013 Au président de la transition, Chef de l’État : « PLUS JAMAIS ÇA… NON À L’IMPUNITE !
 »

Dans ce message, les Évêque stigmatise la crise, font état des violations tous azimut des droits de l’homme à travers vols, viols, extorsion…

Ils invitent à l’arrêt de cette nouvelle escalade de violence, invitent à travailler de façon à prémunir contre une guerre de religion, à la réparation des dommages causés, et tracent des pistes pour une sortie de crise.

b.    Message du 20 juin 2013 au président de la république : « DU JAMAIS VU ! »

Dans ce dernier message au président de la transition, les Évêques ont trouvé l’expression  « Du jamais vu » pour dire la crise actuelle :

« « Du jamais vu ! » Voilà les mots qui disent le sentiment général du peuple face au déferlement des éléments de la SELEKA. Jamais l’on n’a connu sur notre terre un conflit aussi grave dans son ampleur et dans sa durée. Jamais aucun trouble militaro-politique ne s’était disséminé avec autant de violences et d’impacts sur l’ensemble de notre territoire. Jamais une rébellion ne nous a drainé une aussi forte présence de combattants étrangers. Jamais une crise ne nous a fait courir un aussi grave risque de conflit religieux et d’implosion du tissu social. Un spectacle « du jamais vu » sur tous les plans. »

Ils y ont fait l’état de la déliquescence de l’appareil étatique et ont invité la prise de responsabilité pour l’édification du peuple centrafricain.

c.    Au peuple de Dieu vivant en Centrafrique

Les Évêque ont dit au peuple les réalités présentes de la crises, leurs effets et leurs impacts avant de donner au peuple des motifs pour qu’il continue d’espérer : « nous sommes terrassés, mais pas anéantis »(2 Co 4, 9).

d.    La commission épiscopale « Justice et Paix. »

  • Dénonciations
  • Écoute et accompagnement des victimes
  • Solidarité des Évêques, prêtres, religieux et religieuses avec le peuple qui souffre ; ils décident volontairement de rester avec le peuple, partager les souffrances quotidiennes dans l’espoir des lendemains meilleurs (Bambari, Bandoro, Alindao…)
  • Intervention auprès des autorités compétentes pour amoindrir, contrecarrer, freiner les assauts des bourreaux.
  • Coordonner les secours matériels et psychologiques à apporter aux nécessiteux, victimes et malades…

e.    Les diocèses du Centrafrique :

f.     Le cas singulier de l’Archidiocèse de Bangui

Les engagements de l’Archidiocèse revêtent  un double volet en raison de son statut de siège métropolitain : organisation interne et coordination des d’actions en syntonie avec les autres diocèses.

  • Les homélies
  • Les interviews
  • Les interventions auprès des autorités politiques civiles et militaires (Seleka, Fomac, Armée Française, Diplomates…)
  • Les visites rendus aux déplacés (Cas de ceux de Zongo)
  • Garder les liens avec les autres diocèses
  • Proximité avec les habitants de Boy-Rab et Ngaragba lors des assauts de la Seleka contre ces quartiers.
  • Travail mené avec la Caritas auprès déplacés
  • Travail mené avec l’ECAC pour la réouverture des écoles à Boy-Rab et Ouango.
  • Les prêtres dans les homélies (dénonciations…)
  • Les mouvements, fraternités et groupes à travers prières, assistances et marches organisées…

Visent à atteindre cette fin.

                    III.     Le contenu des engagements :

  • Dire la crise : « Plus jamais ça » ; « un spectacle du jamais vu »
  • Interpeller les responsables
  • Raviver l’espérance du peuple à vivre des jours meilleurs.
  • Repartir avec presque rien entre les mains,
  • Devenir artisans de paix : Les artisans de paix sont ceux qui aiment, défendent et promeuvent la vie dans son intégralité (Benoît XVI);
  • favoriser tout ce qui concourt à la paix, à la tolérance et à l’attention à l’autre. (ACERAC)
  • Faire prendre conscience de leur responsabilité aux différents auteurs des souffrances infligées au peuple ; et obtenir d’eux réparation dans la mesure du possible.
  • Éducation pour une culture de paix : le rôle de la famille et des institutions (Benoît XVI);
  • « devenons des instruments de cette miséricorde, des canaux à travers lesquels Dieu puisse irriguer la terre, garder toute la création et faire fleurir la justice et la paix ». (Pape François, Bénédiction Urbi et Orbi) ;
  • Demander et espérer obtenir que Jésus ressuscité, qui transforme la mort en vie, change la haine en amour, la vengeance en pardon, la guerre en paix.
  • Rappeler dans la ligne du message des pères Évêques de l’ACERAC que « c’est une nécessité pour tout chrétien de se sentir proche de l’autre, surtout dans les moments de douleur ». (ACERAC) Car «On n’est jamais chrétien tout seul» (Africae munus n°97).
  • Puisse les fils et filles de la Centrafrique mener une franche collaboration afin de retrouver le chemin de la justice, de la réconciliation et de la paix, chemin sans lequel on ne peut parler de développement.
  • Apaiser la situation dans le pays en favorisant une cohabitation pacifique et fraternelle entre tous les Centrafricains, quelles que soient leurs convictions politiques et religieuses

En Conclusion : pédagogie pour une réconciliation et une paix véritables

Aujourd’hui, plus que par le passé, il faut avoir des pensées, dire des paroles, et poser des gestes de paix ; c’est cela qui puisse créer une mentalité et une culture de la paix, une atmosphère de respect, d’honnêteté et de cordialité. « Il faut alors enseigner aux hommes à s’aimer et à s’éduquer à la paix, et à vivre avec bienveillance, plus que par simple tolérance. L’encouragement fondamental est celui de « dire non à la vengeance, de reconnaître ses torts, d’accepter les excuses sans les rechercher, et enfin de pardonner », de sorte que les erreurs et les offenses puissent être reconnues en vérité pour avancer ensemble vers la réconciliation. Cela demande qu’une pédagogie du pardon se répande. Le mal, en effet, se vainc par le bien, et la justice est recherchée en imitant Dieu, le Père, qui aime tous ses enfants (cf. Mt 5, 21-48). C’est un travail de longue haleine, parce qu’il suppose une évolution spirituelle, une éducation aux valeurs les plus élevées, une vision neuve de l’histoire humaine. Il convient de renoncer à la fausse paix que promettent les idoles de ce monde et aux dangers qui l’accompagnent, à cette fausse paix qui rend les consciences toujours plus insensibles, qui porte au repliement sur soi, à une existence atrophiée vécue dans l’indifférence. Au contraire la pédagogie de la paix implique action, compassion, solidarité, courage et persévérance. »[2]

 

Abbé Dieu-Béni MBANGA

Chancelier de l’Archevêché de Bangui


[1] 
Lettre des Évêques de Centrafrique adressée au Président de la Transition, Chef de l’État le 23 avril 2013.

[2] Pape Benoît XVI, Message pour le 1er janvier 2013, journée internationale de la paix.

À propos de peredieub

Prêtre de l'Eglise Catholique Romaine depuis le 27 septembre 2009, je travaille actuellement comme vicaire à la Cathédrale Notre Dame de l'Immaculée Conception de Bangui en République Centrafricaine, Aumônier de la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC) et aumônier du Sanctuaire Marial de Ngukomba.

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