vous lisez...
Non classé

Homélie Mgr Nzapalainga de la Messe d’Action de Grâce du 21 juillet2013


Textes liturgiques : Genèse :18,1-10 ; Psaumes: 14 ; Col 1, 24-28 ; Luc 10, 38-42

Excellence Monseigneur Jude Thaddeus OKOLO, Nonce Apostolique,
Excellence Monseigneur Edouard MATHOS, Evêque de Bambari,
Chers confrères prêtres dans le sacerdoce ministériel,
Chers religieux et religieuses,
Frères et sœurs dans le Christ
Excellence Monsieur le Premier ministre, chef du gouvernement,
Excellence Monsieur le président du Conseil National de Transition,
Excellence Messieurs les ministres, membres du gouvernement,
Distingués invités,
Vous tous hommes et femmes de bonne volonté,
La paix du Christ

Les textes de la liturgie de ce jour nous enseignent que Dieu ne cesse de venir à la rencontre de l’homme pour l’inviter à choisir au-delà de l’éphémère, du fugace, de l’évanescent, la meilleure part, ce qui demeure ; bref à choisir le définitif : le Christ, donc Dieu lui-même. La mission de l’Eglise consiste par conséquent à collaborer au projet divin en aidant l’homme à opérer le bon choix et à permettre l’accessibilité de tout homme au Christ.
Dans le texte de la première lecture, l’auteur sacré nous présente Dieu comme le Dieu de l’histoire. C’est Lui qui prend l’initiative de venir à la rencontre d’Abraham et de sa femme Sara, de les rejoindre dans leur histoire particulière, celle d’un couple devenu vieux désireux d’avoir un enfant, mais faisant face à la rude réalité et épreuve de la stérilité. Cette rencontre va s’avérer source de bénédiction et de vie puisqu’elle se solde par la promesse de la maternité de Sara.
L’irruption et l’avènement de Dieu dans notre histoire, sa présence dans nos vies sont pour nous source de bénédiction, de vie et de salut. Il convient néanmoins de souligner que cette irruption salutaire impose à l’homme d’avoir un certain nombre d’attitudes et de dispositions. Celles-ci sont autant des conditions de possibilité de l’effectivité du salut. Parmi celles, il faut noter la disponibilité du cœur, la capacité à faire montre d’accueil et d’hospitalité. Mais surtout la capacité à se dessaisir de soi, de son égoïsme pour entrer dans la logique de la gratuité, du désintéressement et du don qui n’attend pas en retour une quelconque contrepartie. Tel est le sens et le but même de la vie et de l’existence humaine.
De même que Dieu a rejoint Abraham et Sara dans la singularité de leur histoire de souffrance, de même continue-t-il de venir à nous. La misère sociale et le marasme économique qui caractérisent notre pays et sur lesquels est venue se greffer la crise militaro-politique et sécuritaire actuelle ont entamé la foi de plus d’uns. Nombreux sont ceux qui pourraient penser que Dieu a abandonné le peuple centrafricain à son triste sort, qu’il aurait déjà quitté notre pays pour d’autres cieux. Beaucoup recherchent cependant avec acuité le visage de Dieu. Le texte de la première lecture nous permet d’affirmer avec force que Dieu ne nous a pas abandonnés, mais qu’il est profondément solidaire de notre histoire de souffrance, qu’il nous éveille à nous-mêmes pour nous aider à quitter, à l’instar d’Abraham et de Sara, notre situation de stérilité, de misère, d’absence de vie, de difficultés, de famine et de maladie, de crise militaro-politique pour la vie, pour une oasis de paix. A travers les figures d’Abraham et de Sara, Dieu veut revigorer notre espérance. N’ayons donc pas peur de lui ouvrir les portes de notre cœur. La situation de notre pays, loin d’entamer notre foi et espérance, nous oblige à rendre compte de notre foi avec courage et de manière inédite. Cela implique qu’il nous faut prendre sans complaisance la juste mesure des défis inhérents à cette situation. Celle-ci doit déciller les yeux de notre foi pour y rechercher avidement les traces de la présence salvifique de Dieu à communiquer à nos frères et sœurs centrafricains. N’ayons donc pas peur d’ouvrir au Seigneur les portes de notre cœur et de notre vie!
Le texte de l’Evangile, dans le sillage de celui de la première lecture, nous invite à rechercher la meilleure part qui demeure au-delà du contingent et du provisoire. De la même manière que Marthe, affairée aux travaux culinaires, a fini par interpeller le Christ pour que sa sœur Marie vole à son secours, de même nos différents services, activités et engagements doivent être ordonnés au Christ, se laisser interrogés par Lui. C’est encore par lui, avec lui et en lui que Marie est interpellée et tirée de sa contemplation. Sans le Christ, nos différentes activités et nos engagements, bref toute notre vie resterait prisonnière d’un horizontalisme asphyxiant. Lui seul peut nous libérer des pièges de l’activisme et donner sens à notre existence.
Le Christ empêche aussi Marie de se détourner des tâches ménagères et de la réalité du monde. Il est le critère le plus critique de notre existence, de l’équilibre à réaliser entre nos activités et la nécessité de la contemplation. Le Christ est donc la meilleure part à rechercher. Je voudrais ici faire miennes les réflexions du pape Benoît XVI signifiant l’importance du Christ pour l’Afrique en crise comparée au grabataire de la piscine de Bethesda : « L’accueil de Jésus offre à l’Afrique une guérison plus efficace et plus profonde que toute autre. Comme l’apôtre Pierre l’a déclaré dans les Actes des Apôtres (3, 6), je redis que ce n’est ni d’or, ni d’argent que l’Afrique a d’abord besoin ; elle désire se mettre debout comme l’homme de la piscine de Bethesda ; elle désire avoir confiance en elle-même, en sa dignité de peuple aimé par son Dieu. C’est donc cette rencontre avec Jésus que l’Eglise doit offrir aux cœurs meurtris et blessés, en mal de réconciliation et de paix, assoiffés de justice. Nous devons offrir et annoncer la parole du Christ qui guérit, libère et réconcilie. » (Africae Munus 149).
Permettre à notre pays, aujourd’hui plus grabataire que les autres pays d’Afrique, d’avoir accès au Christ, de le choisir comme la meilleure part, c’est amener chaque centrafricain à sa perfection dans le Christ, c’est la mission même de l’apôtre et de l’Eglise : « Ce Christ, nous l’annonçons : nous avertissons tout homme, nous instruisons tout homme avec sagesse afin d’amener tout homme à sa perfection dans le Christ. » (Col.1, 28). Toute la pastorale et l’activité de l’Eglise doivent concourir à faire connaître le Christ. Tel est le sens de notre mission. Tel est aussi le sens du pallium que je porte.
L’Eucharistie de ce dimanche, placée sous le signe de l’action de grâce, n’est en aucun la célébration d’un pan de tissu. Si tel avait été le cas, nous serions vraiment à plaindre et aurions de la peine à nous soustraire au reproche de sombrer dans un culte d’autorité et de pouvoir. Le pallium ne symbolise pas un degré particulier du sacrement de l’ordre. Placé sur le tombeau de Saint Pierre, il exprime la communion non seulement avec le vicaire du Christ dans sa charge pastorale de toutes les Eglises, mais aussi avec mes confrères évêques. Tissé en laine d’agneau, le pallium évoque l’agneau pascal et la brebis égarée que le bon pasteur ramène sur ses épaules au bercail. Il m’oblige à une plus grande sollicitude pour toute l’Eglise. Il n’est rien d’autre que le symbole de zèle et d’humilité pastorale.
Le port du pallium m’oblige à une configuration plus intime au Christ Bon Pasteur. C’est cette configuration au Christ, Bon Pasteur par excellence qui prend soin des brebis égarées et malades, qui fait de moi la voix des sans voix, des écrasés, des marginalisés, des vulnérables, des petits, de ce peuple tant meurtri. Notre mission prophétique découle de notre baptême qui fait de tout baptisé un prêtre, un prophète et un roi. Par le sacerdoce ministériel, les prêtres, configurés au Christ Pasteur, participent de manière singulière à la mission prophétique du Christ. Pour nous évêques, les exigences sont encore beaucoup plus grandes.
Je ne puis donc me taire lorsque les fils de ce pays sont victimes de la pire barbarie. Je ne puis me taire lorsqu’on torture et tue des centrafricains comme l’on écraserait une mouche. Je ne puis me taire lorsqu’on viole nos sœurs et nos mères. Je ne puis me taire lorsque la dignité du centrafricain est foulée aux pieds, lorsque des innocents sont spoliés, lorsque le fruit de labeur juste et mérité de toute une vie est détruit et saccagé tel un château de cartes. Je ne puis me taire lorsqu’on consacre l
’impunité et impose la dictature des armes.
Je voudrais profiter de ce moment pour accorder mon pardon à tous ceux qui, ignorant les exigences liées à ma charge, voient en moi un opposant politique ou m’attribuent à tort des ambitions politiques voire pouvoiristes. Je suis un pasteur, pas un opposant politique. J’ose espérer que les uns et les autres sauront recueillir par ma voix les cris de souffrance du peuple centrafricain.
Je me recommande ainsi à vos prières pour que le Seigneur lui-même accomplisse en moi ce qu’il a déjà commencé. Prions ainsi le Dieu-Vie pour qu’il nous aide tous à scruter les signes des temps pour y déceler les traces de sa présence. Puisse-t-il nous aider à conduire chaque fils et fille de notre pays au Christ. AMEN !

Donné en Année du Seigneur 2013
A la Cathédrale N.I.C de Bangui,
le 21 juillet 2013.
Mgr Dieudonné NZAPALAINGA, C.S.Sp
Archevêque Métropolitain de Bangui

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

RSS Radio Notre Dame

  • Une erreur est survenue ; le flux est probablement indisponible. Veuillez réessayer plus tard.

Cliquer ici pour recevoir nos informations sur votre mail

Rejoignez 80 autres abonnés

Stats du Site

  • 43,311 Visites à ce jour

Archives

Nous ne pouvons pas accéder aux données associées à ce site.

%d blogueurs aiment cette page :