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Compte rendu des travaux du mercredi 25 septembre 2013

A 8h30 s’ouvrit la journée à travers l’exécution des cantiques religieux par la chorale jusqu’à 9h00, l’heure à laquelle arriva son Excellence Mgr Dieudonné NZAPALAINGA, Archevêque de Bangui,  accompagné du Vicaire Général le Révérend père Jésus-Martial DEMELE. Après les mots d’introduction prononcés par le modérateur du jour, le père Anicet SENGANAMBI, pour annoncer déjà le programme qui va meubler toute la journée, les sœurs de la Divine Providence furent invitées pour l’animation de la prière des laudes. Puis, le modérateur fit place au secrétariat à travers la personne de l’abbé Boris WILIGALE pour donner le compte rendu de la veille en français et en sango.

  A 9h45, le couple NDJAPOU (Emile et Huberte) fut sollicité pour faire le premier exposé du jour sur le thème Contributions de l’Eglise Catholique en Centrafrique dans le domaine de la politique et de la culture. Prenant la parole, Maitre Emile salua l’assemblée, remercia l’équipe d’organisation pour le choix porté sur leur couple et commença par donner une approche définitionnelle du mot politique en tenant de l’angle de regard sous lequel l’on se trouve. En d’autres termes, l’acception que l’Etat se fait de la politique reste différente de celle de l’Eglise.

En effet, l’observation d’une affiche géante montrant le Président de la République devant et les évêques à l’arrière-plan éclaire la compréhension de cette réalité. Dans la vision politique de l’Etat, c’est le Président qui, en tant qu’incarnation de la chose publique, est  mis en avant par rapport au peuple. Dans cette perspective, la politique se comprend comme étant la manière de gouverner l’Etat, de mener des relations avec les autres Etats, de conduire les affaires ou encore l’ensemble des affaires publiques.

Cette approche ne concorde pas avec la vision de l’Eglise qui met la personne humaine au centre de la politique. Ainsi, le pouvoir politique se veut fondé sur Dieu et fait partie de l’ordre que Dieu a créé. Cet ordre est perçu par la conscience et se réalise dans la vie sociale à travers la vérité, la justice, la liberté et la solidarité qui procurent la paix. L’homme est le fondement et la fin de la politique. C’est pourquoi en cas de violation des droits fondamentaux de l’homme, l’Eglise ne peut se taire. En cas des prescriptions contraires à la conscience chrétienne, le citoyen n’est pas obligé de se plier aux autorités civiques.

  Ayant balisé le terrain pour la compréhension de la notion de politique, l’exposant structure son intervention en trois parties suivant deux moments de l’histoire de la Centrafrique :

  • le premier porte sur la période coloniale allant de la création de poste de Bangui en 1889 jusqu’à l’indépendance (1960).
  • Le deuxième point met l’accent sur la période postcoloniale qui va de 1960 à 2012. Ce point est suivi des réflexions personnelles.
  • Le dernier point reste relatif aux contributions de l’Eglise dans le domaine de la culture.

  La période coloniale était caractérisée par : la création du  poste de Bangui le 26 Juin 1889 ; la création de l’Oubangui-Chari en 1905 ; la création de l’AEF regroupant Oubangui-Chari, Tchad, Congo et Gabon. Cette période est essentiellement sous l’autorité française et connait de graves moments de tortures, de violence et de travaux forcés. Toutefois, le pays connut un début d’évolution économique et sociale entre 1920-1939 où il y avait une organisation du service de la santé et de l’enseignement public et privé dans les chefs-lieux des circonscriptions. Aussi, les missions religieuses s’étaient installées et appuyaient la mission colonisatrice par la formation des catéchistes et des cadres.

La deuxième guerre mondiale fut l’occasion de la représentation des territoires à l’Assemblée Nationale Française et des réalisations sociales à mettre en œuvre dans les territoires. Ainsi, le prêtre B. BOGANDA fut-il élu le 10 Novembre 1946 par le deuxième collège. Il dénonça les abus dont étaient victimes les oubanguiens. B.BOGANDA créa son parti politique le MESAN en 1949 dont le fondement reste fortement théologique. Le slogan « zo kwe zo », c‘est à dire « tout être humain est une personne » fut retenu pour lutter contre le racisme et le tribalisme, et pour promouvoir l’égalité entre les hommes.

  La vie politique en Oubangui-Chari connut une émancipation en 1956 avec la Loi-cadre appelée Loi Deferre et la Constitution du 4 Octobre 1958. Le  1er Décembre 1958, l’Oubangui-Chari devint République Centrafricaine dotée de son propre drapeau. Les significations des couleurs  ainsi que la devise du pays étaient inspirées des Saintes Ecritures. La vie et l’œuvre de BOGANDA n’ont cessé d’inspirer nos hommes politiques sans pour autant impacter sur leur agir politique.

  Dans la période post coloniale qui va de 1960 à 2012, le pays a vu se succéder six régimes politiques dont le comportement n’a pas toujours été conforme à la vision politique de l’Eglise. Ce qui suscite les multiples interventions de l’église pour dénoncer les violations et favoriser la paix, la justice, la tolérance, la défense des faibles à travers les Lettres Pastorales, les Messages adressés tant aux autorités politiques qu’aux chrétiens et aux hommes de bonne volonté.

  Sous le règne du général d’Armée André KOLINGBA, quand la situation du pays devenait de plus en  plus  dramatique, les évêques, pour éviter une guerre civile, publièrent la lettre pastorale « Que faisons-nous de notre pays ?» et à la veille des élections présidentielles de 2012, le Message « Une espérance pour notre pays ».

  Devant la violence physique suite à la tentative de coup d’Etat du 28 Mai 2001 sous le règne du Président PATASSE, l’église  réagit en faveur de la paix,  en envoyant un « Message au peuple centrafricain » par lequel elle exprimait son inquiétude face à la situation préoccupante du pays et son avenir. Pour souligner les méfaits du coup d’Etat, un autre  « Message aux   Communautés chrétiennes, aux hommes et femmes de bonne volonté » fut adressé en Novembre 2002. Aussi, les Evêques ont-t-ils, par leur lettre pastorale  du 29 juin 1998: « N’ayons pas peur, soyons chrétiens dans notre vote », rappelé l’importance du vote.

Plusieurs Messages et Lettres furent publiés sous le régime de François BOZIZE :

  • Message du 10 janvier 2004 : «  Une espérance s’est levée dans notre pays » : c’est après le changement de pouvoir intervenu le 15 mars 2003.
  • Message du 9 janvier 2005 : «  Aux temps d’épreuve, soyez forts, gardez courage » : c’est l’attente du retour aux institutions républicaines.
  • Message de janvier 2006 : « Vous êtes le sel de la terre » : c’est une invitation des chrétiens à rester vigilants malgré les exactions et les violences qui continuent après le changement.
  • Message du 16 avril 2006 : « Tu ne tueras point » : c’est pour dénoncer la répression qui s’est abattue sur la ville de PAOUA.
  • Message  de janvier 2007 : «  Vous êtes la lumière de la terre, vous êtes le sel de la terre » : c’est pour encourager la population à ne pas se décourager devant les inégalités, le tribalisme, les violences multiformes.
  • Message du 15 janvier 2008 : « Laissez-vous réconcilier » : C’est pour encourager  la société  aussi bien civile  qu’ecclésiale face aux méfaits et aux travers notoires.
  • Message du 22 juin 2008 : «  Aux responsables et aux hommes » : C’est une nouvelle et forte  interpellation  des responsables politiques, militaires et de la société civile en faveur de la population  obligée de se réfugier en brousse à cause de l’insécurité…

Il ressort de l’analyse de tous ces régimes jalonnés des crises militaro-politiques récurrentes que  l’action efficace de l’Eglise, par les Lettres Pastorales, les Messages, les Colloques et l’action des chrétiens, a permis d’éviter le pire.

A la lumière de ce qui précède, le présentateur s’était livré à une série de questions parmi lesquelles nous avons retenu celles-ci :

ü  est-il possible d’être homme politique tout en étant homme d’Eglise ?

ü  la recherche de l’argent ne constitue-t-elle pas un handicap à la mission de l’homme de Dieu ?

ü  Si Barthélémy BOGANDA avait vécu longtemps, pouvait-il conserver sa vision politique de l’Eglise ?

ü  le prêtre a-t-il le droit de faire la différence entre ses fidèles par rapport à leur situation politique et sociale  ou parce qu’ils sont plus généreux ?

ü  l’homme de Dieu doit-il chercher à plaire ou caresser les hommes politiques dans le sens du poil ?

ü  Comment l’homme de Dieu peut-il faire correctement son travail ?

  A travers les différentes réponses proposées par l’exposant, nous avons pu retenir que le ministère presbytéral et la politique sont incompatibles. A l’exemple du Christ, le prêtre est un rassembleur et un défenseur de la justice.

La deuxième partie de l’intervention du Maitre Emile NDJAPOU fut consacrée à la question des contributions de l’église catholique dans le domaine culturel. L’église encourage l’engagement dans la rencontre des cultures et dans la promotion de l’homme. Très tôt, elle a organisé dans différentes paroisses des bibliothèques, salles de lecture et de conférences, maisons de jeunes, centres culturels, et diverses structures pour promouvoir le sport. L’Eglise a beaucoup œuvré pour la promotion de la langue sango. L’Eglise catholique s’est très tôt engagée dans le développement des moyens de communication.

Après la présentation du thème, la parole fut donnée à Mme NDJAPOU pour faire la synthèse en langue nationale. Au terme de cette synthèse, les participants ont eu l’opportunité d’apporter leurs contributions et de poser des questions.

LES INTERVENTIONS :

Première vague

Les gens de l’arrière-pays sont abandonnés à eux-mêmes. Tout le monde ignore tout d’eux à cause de l’absence de la couverture médiatique.

Concernant les significations de différentes couleurs qui composent notre drapeau que vous aviez évoqué, existent-elles d’autres explications?

Pourquoi Mgr Grandin avait-il autorisé à l’abbé Barthélémy BOGONDA de quitter le sacerdoce pour la politique ?

Comment faire pour entrer en possession des images de l’abbé Barthélémy BOGANDA qui se trouvent certainement dans des archives à Brazzaville ?

Et si un prêtre pourrait faire l’affaire face à l’inefficacité chronique de nos dirigeants politiques !

  En réponse, le présentateur en se basant sur l’exemple de divers déplacements de l’archevêque affirme que l’Eglise se soucie toujours des gens de l’arrière-pays.

Concernant les significations de différentes couleurs de notre drapeau, l’exposant montre qu’il y a deux explications à savoir politique et économique. Mgr Grandin avait donné la possibilité à BOGANDA d’aller faire de la politique parce qu’il était l’unique intellectuel capable de défendre le pays, ajouta Mgr NGOUI.

Après l’office du milieu du jour et la pause, le modérateur offre encore aux participants la possibilité de poser d’autres questions ou de faire des témoignages. Ainsi la seconde vague des questions tourne autour des questions suivantes.

En nous limitant uniquement à la prière, nous semblons être indifférents au sort de nos frères opprimés, humiliés et tués par les éléments de Séléka. Que faisons-nous concrètement pour les défendre. Ne serait-il pas possible de faire une marche pacifique. Pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas tenir les rênes du pouvoir ? Où en est-on avec l’éducation catholique ?

  Pour les écoles, à travers l’ECAC, l’Eglise ne cesse de ménager les efforts pour donner une éducation efficace. Et si les femmes veulent accéder à la magistrature suprême, elles qu’à travailler dur afin obtenir les postes qu’elles auraient mérité. Car les postes ne se donnent pas mais se méritent.

A 15h08, pour compléter les réponses données, l’archevêque intervient pour parler de la marche pacifique suggérée par certains et de l’implication du prêtre dans la politique. Une marche pacifique n’est pas conseillée pour l’instant. Les prêtres sont des pasteurs et non des hommes politiques. Leur tâche est de montrer le visage de Dieu à leurs frères. Il informe l’assemblée que la Commission Justice et paix est là pour enregistrer les plaintes relatives aux exactions des Séléka

Cette séance de questions et contributions fut entrecoupée par la prière de l’Angélus à 12h00, les Sextes à 12h45 suivies de pause-repas. La journée s’est achevée par les mots de l’Archevêque et la prière des vêpres à 15h30.

Le secrétariat

À propos de peredieub

Prêtre de l'Eglise Catholique Romaine depuis le 27 septembre 2009, je travaille actuellement comme vicaire à la Cathédrale Notre Dame de l'Immaculée Conception de Bangui en République Centrafricaine, Aumônier de la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC) et aumônier du Sanctuaire Marial de Ngukomba.

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