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LA CONTRIBUTION DE L’EGLISE CATHOLIQUE DANS LES DOMAINES POLITIQUE ET CULTUREL

   Excellence Monseigneur NZAPALAINGA, Archevêque de Bangui,

  Révérends Pères et  Abbés,

  Révérendes Sœurs,

  Chers Frères et Sœurs en Christ,

Nous vous saluons tous très chaleureusement au nom de notre Seigneur Jésus-Christ et vous remercions d’être venus nombreux ce matin pour échanger sur  un thème dont l’importance est évidente, surtout en cette conjoncture que tout le monde connait.

Il nous est donc demandé de vous entretenir de la « Contribution de l’Eglise Catholique dans les domaines politique et culturel ». Un autre frère vous parlera certainement du « domaine social (santé, éducation et économie) ».

Qu’il nous soit permis de remercier aussi les organisateurs qui ont bien voulu nous faire l’honneur de nous associer à ce grand événement de notre Eglise, qu’est  la Rentrée Pastorale Diocésaine.

Notre exposé qui comporte deux parties sera fait, d’abord en français par Emile et en sango  par Huberte.

1ère PARTIE

CONTRIBUTION DE L’EGLISE CATHOLIQUE DANS LE DOMAINE POLITIQUE

         Qu’est-ce qu’on entend par politique ? Cette question nous amène à réaliser qu’il existe deux visions politiques : la vision politique de l’Etat et la vision politique de l’Eglise.

Avant de recourir au dictionnaire ou d’autres documents pour définir ce qu’est la politique,  nous voudrions vous inviter à vous rappeler d’une géante affiche qui captivait, il y a deux ans,  toute  l’attention de celui qui empruntait l’avenue BOGANDA, en face de la LAKOUANGA ou qui traversait la place de la République : on pouvait voir sur une géante pancarte, une grande photo du Chef de l’Etat en train de marcher et derrière lui une procession de tous les évêques et prêtres de Centrafrique, suivis des fidèles.

C’est l’illustration type de la vision politique de l’Etat : ici, c’est le Chef de l’Etat, représentant l’Etat, incarnant la Chose publique qui est mis en avant. Cela signifie que l’Etat  est la finalité de l’action de gouverner la chose publique, c’est lui qui en accapare le résultat. Or, la vision politique de l’Eglise est tout à fait différente. En effet,  si sur cette pancarte, on avait au premier plan la foule de chrétiens, suivie de la procession des évêques et des prêtes et à l’arrière plan le  Chef de l’Etat, cela aurait signifié que l’homme est le centre, le résultat  de l’action de gouverner. C’est cela la vision  politique de l’Eglise.

Ceci étant dit, à la lecture du Dictionnaire Le Robert,  nous avons la définition suivante de la politique : « Manière de gouverner un Etat, de mener des relations avec les autres Etats, de conduire les affaires ou encore, l’ensemble des affaires publiques ».

Comme on le constate, aucune allusion n’est faite à l’homme. Ce n’est donc pas la vision politique de l’Eglise.

 Par contre  le Livre intitulé « Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise, Conseil Pontifical Justice et Paix » nous édifie sur la signification du mot « politique » en nous donnant des précisions sur tous ses aspects : « Le message biblique inspire sans cesse la pensée chrétienne sur le pouvoir politique, en rappelant qu’il jaillit de Dieu et qu’il fait partie intégrante de l’ordre que Dieu a créé. Cet ordre est perçu par la conscience et se réalise dans la vie sociale, à travers la vérité, la justice, la liberté et la solidarité qui procurent la paix… » (cf Jean XXIII, Encyclique Pacem in terris AAS 55 1963).

« La personne humaine est le fondement et la fin politique ». Ce qui  signifie que l’on doit se  préoccuper  avant tout  de la reconnaissance et du respect  de sa dignité, de la protection et de la promotion de ses droits fondamentaux et inaliénables.

L’autorité politique doit garantir la vie ordonnée  de la communauté, en la disciplinant et en l’orientant, vers la réalisation du bien commun. Le sujet de l’autorité politique est le peuple, détenteur de la souveraineté.

L’autorité politique doit se laisser guider par la loi morale.  Elle doit promulguer des lois justes, c’est-à-dire des lois conformes à la dignité de la personne humaine. Car  l’ordre moral « repose sur Dieu, son principe et sa fin ».

Le citoyen n’est pas obligé en conscience de suivre les prescriptions des autorités civiles, si celles-ci sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Evangile. Reconnaître que le droit naturel fonde et limite le droit positif, signifie que l’on admet qu’il est légitime de résister à l’autorité dans le cas où celle-ci viole les principes du droit naturel.

Telle est la vision politique de l’Evangile. L’Eglise réagit lorsque cette vision n’est pas suivie ou bien elle contribue à toute action visant à la faire respecter.

Cette précision étant faite, nous voudrions aborder cette première partie de notre intervention en vous proposant  d’examiner dans un premier temps, la contribution de l’Eglise catholique de Centrafrique dans le domaine  politique, depuis Barthélémy BOGANDA jusqu’à 2012 et dans un deuxième temps, de vous faire part de notre propre réflexion.

I. LA CONTRIBUTION DE L’EGLISE CATHOLIQUE

A notre humble avis, les actions de l’Eglise dans le domaine politique, peuvent être regroupées sur deux périodes, à savoir :

– la  période coloniale, au cours de laquelle est apparu Barthélémy BOGANDA sur la scène politique.

– la période post-coloniale de 1960-2012, avec les différents régimes politiques et l’action de l’Eglise.

A. PERIODE COLONIALE :

 

Afin de mieux appréhender l’action politique de l’Eglise  à travers Barthélémy BOGANDA, il est nécessaire d’en connaitre le contexte en remontant jusqu’à l’origine, non seulement  de la République Centrafricaine, mais aussi à l’origine de  l’Eglise en Centrafrique.

Cette période coloniale a commencé avec la pénétration européenne en OUBANGUI-CHARI par des explorateurs français (Alfred UZAC et Alfred DOLISIE) qui fondèrent le 26 juin 1889, le poste de Bangui. En 1905, le Territoire de l’Oubangui-Chari fut créé. En 1910, il fut associé à celui du Congo, du Gabon et du Tchad pour former l’Afrique Equatoriale Française (AEF).

L’autorité française une fois établie sur toute l’étendue du Territoire de l’Oubangui-Chari d’une superficie de 623.000 km2, s’accompagne de mesures contraignantes entraînant une exploitation accrue de la population, des souffrances et des révoltes. C’est la période :

-du portage  et du pagayage,

-de l’institution systématique de l’impôt de capitation

-de la récolte obligatoire du caoutchouc

-des grandes compagnies concessionnaires

-des prestations

-du régime de l’indigénat

-des trois « M » (marchands, militaires, missionnaires).

Cependant, de 1920 à 1939, le Territoire de l’Oubangui-Chari connaît un début d’évolution économique et sociale. C’est la période :

-de l’abandon de la cueillette du caoutchouc,

-d’un progrès sensible de l’action sociale qui se concrétise par l’organisation du service de santé pour lutter contre la trypanosomiase, le paludisme, la tuberculose, les maladies vénériennes.

-de l’organisation de l’enseignement public et privé dans les chefs-lieux des circonscriptions.

Les missions religieuses s’installent un peu partout et appuient fortement la colonisation en formant des catéchistes dont certains, seront les futurs fonctionnaires  (interprètes), voire les cadres de l’administration et en s’adonnant à l’agriculture d’où ils tiraient leurs moyens de subsistance.

Pendant la guerre de 1939-1945, un effort exceptionnel fut demandé aux peuples africains pour fournir les matières stratégiques, dont l’Occident avait besoin. Recrutement, réquisitions, travaux forcés, contributions de toutes sortes se succèdent.

Après cet effort de guerre qui était consenti, le Général De Gaulle organise à Brazzaville, du 30 janvier au 8 février 1944 une conférence au cours de laquelle des recommandations en matière politique, sociale et économique d’une grande portée ont été adoptées. Il s’agissait :

-de la représentation des Territoires à l’Assemblée Nationale Française.

-des réalisations sociales à mettre en œuvre dans les Territoires.

En Oubangui-Chari, l’évolution politique fut le résultat d’une double action : celle de la Constitution de 1946 et la personnalité de Barthélémy BOGANDA.

La Constitution de 1946 crée l’Union Française et pose un principe de libéralisme à l’égard des pays et populations d’Outre-Mer : les Territoires sont appelés à se faire représenter à l’Assemblée Nationale Française au premier Collège par les citoyens de statut français, et au deuxième Collège par les citoyens de statut civil traditionnel.

C’est ainsi que le jeune prêtre Barthélémy BOGANDA, autorisé par ses supérieurs, précisément Mgr GRANDIN, Vicaire Apostolique (cf B. Boganda  élu de Dieu et des Centrafricains p70) fut élu sans difficulté, le 10 Novembre 1946 par le deuxième collège comme premier Député Oubanguien à l’Assemblée Nationale Française. Il le sera encore aux élections de 1951 et celles de 1956.

Barthélémy BOGANDA en arrivant découvre une France différente de celle que représentent en Oubangui-Chari les colons. Il dénonce les abus locaux, dont sont victimes les oubanguiens : réquisitions, violences, arrestations arbitraires et les séquelles du travail forcé, notamment la culture obligatoire du coton. Mais il demande à chaque Oubanguien de travailler toujours plus pour créer les conditions indispensables à la formation d’une nation.

En 1949, BOGANDA crée son parti politique dénommé le Mouvement de l’Evolution Sociale de l’Afrique Noire (MESAN) dont le fondement repose sur les pensées politiques de l’Eglise qui sont :

Lutter pour l’égalité : « ZO KWE ZO », c’est-à-dire « tout être humain est une personne ». Tous les hommes sont égaux et que les Oubanguiens peuvent être assimilés aux Français.

Lutter contre le racisme et le tribalisme.

 Par la suite, la vie politique en Oubangui-Chari connut une émancipation en 1956 avec la Loi-cadre appelée Loi Deferre et la Constitution du 4 Octobre 1958.

La Loi Deferre adoptée le 23 juin 1956, dote les Assemblées Territoriales de pouvoir délibérant sur les affaires locales (enseignement, commerce, état civil…) et instaure  les Conseils de Gouvernement investis des pouvoirs de décision en matière d’administration locale. C’est sur cette base que le 14 mai 1957, le premier Conseil de Gouvernement de l’Oubangui-Chari composé de six Ministres (GOUMBA, DACKO, GUERILLOT, MAMADOU, GBAGUIDI, WILICKOND) élus par l’Assemblée Territoriale, est formé.

Le 1er Décembre 1958, n’ayant pas concrétisé son idée de la création d’une grande République Centrafricaine regroupant les quatre Territoires de l’ex-AEF, suite au refus des autres Territoires, BOGANDA proclame la République Centrafricaine réduite au seul Territoire de l’Oubangui-Chari et présente en même temps le drapeau qui reste seul désormais le sien. Ce drapeau comporte quatre bandes horizontales : bleu, blanc, vert et jaune d’égales dimensions, barrées perpendiculairement en leur milieu par une bande rouge de même largeur. La bande bleue est frappée dans l’angle supérieur interne par une étoile à cinq branches de couleur jaune. Ce 1er Décembre 1958, le Président Barthélémy BOGANDA, visiblement ému, déclara : «  C’est de mon cœur que sont sorties ces couleurs que vous voyez ici, qui symbolisent les quatre Territoires de l’AEF… elles symbolisent à jamais la libération du peuple oubanguien et son entrée dans une ère nouvelle… »

L’Etoile est « l’étoile du berger » qui guide vers un avenir merveilleux.

La bande rouge est le symbole du sang versé pour la République Centrafricaine, membre de la Communauté Française, « comme nous l’avons fait pour la France lorsqu’elle était en danger… »,  disait-il.

Le bleu placé en ciel, représente l’immensité, la liberté, la grandeur, la sérénité.

Le blanc évoque la candeur, la pureté, la franchise, la vaillance, la confiance, la dignité, l’égalité.

Le vert est le symbole de l’espérance, de la croyance et de la foi.

Le jaune matérialise la tolérance, l’hospitalité, la charité.

Comme vous le constatez, la signification des couleurs du drapeau ainsi que la devise de la République Centrafricaine : Unité, Dignité, Travail, sont inspirées des saintes Ecritures. D’ailleurs, il en est de même de la philosophie du « Zo Kwe Zo » (tout individu est une personne humaine). Cette expression trouve tout son sens dans la conviction que l’Homme est une créature à l’image de Dieu.

Le drapeau centrafricain exprime aussi la forte aspiration de BOGANDA à l’unisson de tous les hommes de la planète, à l’unité africaine, mais surtout à l’unisson des Républiques de l’Afrique Centrale « URAC ».

Toutes ces actions politiques de BOGANDA décrites plus haut lui étaient dictées par sa vision du sacerdoce. « Ma vocation est de vivre et de mourir pour l’Oubangui… » disait-il. La pensée de BOGANDA n’a pas varié sur les trois « éléments  fondamentaux » de sa doctrine. Il écrivait dans une correspondance : «Aujourd’hui comme au jour de mon ordination, je reste fermement décidé à faire tout ce qui dépendra de moi pour contribuer au progrès moral, intellectuel et social du pays qui est le mien. J’ai toujours eu la conviction que l’élément moral, l’élément intellectuel et l’élément social doivent marcher « pari passu » pour conduire l’Oubangui à un état meilleur. En cela, je ne crois pas m’éloigner du point de vue de l’Eglise ». En effet, dans sa « profession de foi », BOGANDA présentait le mandat qu’il sollicitait comme la continuation de sa mission sacerdotale. Il écrivait : « Chers compatriotes, pour le plein développement et la complète évolution de notre chère Oubangui, l’un des vôtres, dont l’unique souci depuis vingt ans a été de travailler à l’ascension rapide de notre pays vers une vie de lumière, de dignité et de bien-être, vous demande vos suffrages en vue de réaliser, pour le bien de tous, l’idéal si longtemps rêvé » (cf. Barthélémy BOGANDA, Elu de Dieu et des Centrafricains, p70)

 La vie et l’œuvre de BOGANDA n’ont cessé d’inspirer nos hommes politiques d’aujourd’hui et la nouvelle génération, même si  les héritiers ont parfois démérité, certains ayant même trahi. Jean Dominique PENEL le dit en ces termes : «Toutes les générations jusqu’à présent se réclament de lui. Il est une référence obligée, mais une référence vide de son sens original »..Peut-être faudrait-il distinguer entre une certaine classe politique qui, poussée par la soif du pouvoir, a notoirement dévié de la ligne tracée par BOGANDA, et la majorité même du peuple centrafricain qui garde jalousement dans son subconscient le souvenir du fondateur de la République et des valeurs qu’il a léguées à la postérité, souvenir qui rejaillit chaque fois que la nation est en péril.

B. PERIODE POST-COLONIALE:

 

De l’avènement de l’indépendance à 2012, le pays a vu se succéder six régimes politiques dont le comportement n’a pas toujours été conforme à la vision politique de l’Eglise, ce qui a amené celle-ci a joué son rôle en intervenant pour favoriser la paix, la justice, la tolérance, la défense des faibles, par ses multiples actions (Lettres Pastorales, Messages adressés, aussi bien aux autorités politiques qu’aux chrétiens), et d’autres actions (médiations, colloques menées par elle-même ou par des entités chrétiennes).

  • La première République de David DACKO de 1960 à 1965 :

Au cours, de la deuxième étape de son règne, c’est à dire, de 1964 à 1965, ayant concentré tous les pouvoirs entre ses mains suite à plusieurs réformes de la Constitution, DACKO prend des mesures impopulaires et commet des erreurs politiques. Quant aux membres du Comité Directeur du MESAN devenu véritable parti-Etat et les députés, ils ont eu de comportements irresponsables, notamment le harcèlement sexuel et le détournement notoire des jeunes lycéennes.

L’Eglise a-t-elle pu réagir en ce moment ? l’état de nos recherches ne nous permet pas de le savoir. Mais on peut penser que le Clergé étant formé majoritairement  d’expatriés à cette époque, ayant à sa tête depuis 1948  Mgr CUCHEROUSSET, réagissait certainement de manière plus  discrète.

  • Le règne républicain de Jean-Bedel BOKASSA qui a duré de 1966 à 1976 et la monarchie instaurée par ce dernier de 1976 à 1979.

BOKASSA devenu successivement Président à vie, Maréchal puis Empereur, a confisqué tous les pouvoirs de l’Etat. Il en a profité pour commettre des exactions les plus atroces sur les Centrafricains : éliminations des généraux après les avoir dressés les uns contre les autres, ablations d’oreilles et massacres d’enfants, auxquels il faut ajouter le détournement des biens de l’Etat, les arriérés de salaires, la suppression des libertés publiques…

Bien entendu, devant cette situation, l’Eglise ne s’est pas tue ; elle a souvent réagi. A ce sujet, Mgr NDAYEN, archevêque de Bangui, lors des obsèques de Jean Bedel BOKASSA, le 17 Décembre 1996 en la Cathédrale de Bangui, disait dans son homélie : «  Les Centrafricains savent que dès ma consécration épiscopale, ici, le 5 Janvier 1969 dans cette Cathédrale en présence de BOKASSA, j’ai entamé mon apostolat dans des relations perpétuellement conflictuelles avec l’ex-empereur jusqu’à son renversement en 1979, soit dix années d’inconfort et je n’en garde aucune rancune… » ( cf Méné oko, groupe de chrétiens de Bangui et le Foyer de Charité, p 53).

  • Le retour à la République du premier leader républicain à savoir David DACKO de 1979 à 1981 :

Régime très éphémère, caractérisé par une tension sociale perpétuelle due à un multipartisme mal géré : luttes partisanes, questions personnelles et l’intolérance des partis d’opposition. C’est d’ailleurs cette situation qui amènera DACKO à passer le pouvoir à l’armée.

Ici, il n’a pas été enregistré de réaction de l’Eglise, peut être parce que cela n’était pas opportun ou parce qu’il n’y avait rien à reprocher au régime politique qui, au contraire, était harcelé par l’opposition assoiffé de pouvoir.

  • La période KOLINGBA de 1981 – 1993 :

 Le général d’Armée André KOLINGBA prend le pouvoir qu’il  exerce, d’abord  en tant que chef militaire au sein du Comité Militaire de Redressement National, ensuite en tant qu’homme politique dans le cadre du gouvernement provisoire jusqu’à l’adoption de la Constitution du 28 Novembre 1986 qui a institué, successivement le monopartisme puis le multipartisme.

Sous ce régime, on a connu une dégradation du circuit commercial tant au niveau des provinces quant à la vente des produits agricoles, qu’au niveau de la capitale quant à la fermeture de nombreuses maisons de commerce, ce qui a créé une nette démobilisation de la population.

Les premières mutineries et le tribalisme ont vu le jour pendant cette période. Les étudiants et élèves ont connu des années blanches. Des grèves et surtout une manifestation politique inspirée par le vent de la démocratie soufflant sur l’Afrique s’est terminée avec le décès d’un médecin, en la personne du Dr CONJUGO.

La situation devenait de plus en  plus  dramatique pour un peuple désemparé et désarmé qui parfois contribuait lui-même à sa propre dégradation. C’est alors que les Evêques, afin d’éviter une guerre civile qui se profilait à l’horizon à cause des revenus du pays mal répartis,  ont publié, le 20 juin 1991, cette Lettre pastorale : « Que faisons-nous de notre pays ?». Il s’agit de rechercher à libérer le pays de ce qui le paralyse et qui risque de le détruire.

Dans ce contexte devaient se dérouler les élections présidentielles en 1992.  Les évêques se sont alors engagés, dans leur Message du 15 mars 1992 intitulé « Une espérance pour notre pays »,  à expliquer à la nation ce que signifie, non seulement un vote, qui doit voter, pour qui voter, mais encore l’importance de la prise en charge d’un pays par lui-même.

  • Le règne de PATASSE: 1992-2003 :

L’avènement de la démocratie et le multipartisme instaurés ont amené, le 22 octobre 1992, à la magistrature suprême de l’Etat par le jeu électoral, Ange Félix PATASSE. Jamais un régime n’a été aussi fragilisé par de multiples crises socio-politico-militaires.

Devant la violence physique suite à la tentative de coup d’Etat à la veille de la fête des mères, provoquant une répression aveugle contre une ethnie précise et contre tout opposant,  l’Eglise par le biais des évêques, a réagi en faveur de la paix,  en envoyant le 23 juin 2001, un « Message au peuple centrafricain » par lequel elle exprime son inquiétude face à la situation préoccupante du pays et son avenir.

Un autre  « Message aux   Communautés chrétiennes, aux hommes et femmes de bonne volonté » sera adressé  en Novembre 2002, à l’occasion d’une autre tentative de coup d’Etat, dans lequel les évêques soulignent les méfaits des coups d’Etat où ce sont toujours les petites gens qui en payent le prix.

La situation du pays devenant chaotique avec la présence des Banyamuléngués, les rebelles de Jean-Pierre BEMBA, les évêques, au mois de janvier 2002 ont fait appel, par leur Message intitulé  «  Aux chrétiens et aux hommes de bonne volonté », à la Communauté internationale restée apparemment indifférente au drame de Centrafrique.

S’inspirant de la philosophie du « Zo Kwe Zo » et de la devise de la République Centrafricaine, l’Eglise avait initié une action autour de l’idée  « Méné Oko » (le même sang) : c’était au plus fort des conflits armés, alors que les vies humaines étaient menacées, que l’Eglise s’était levée pour rappeler le caractère sacré de l’être humain, lancer un appel à l’unité nationale, encourager à la réconciliation, et dire « Non » au racisme, au tribalisme et à l’ethnocentrisme.

En même temps l’Eglise avait réussi, lors des mutineries de 1996,  à désamorcer la tension entre les mutins et les pouvoirs politiques, grâce à une médiation efficace menée par l’Archevêque, Mgr NDAYEN lui-même.

Il convient de signaler aussi le rôle joué par les femmes chrétiennes qui ont essayé de relever le défi en créant une organisation dénommée « Réseau des Femmes Croyantes Médiatrices de la Paix ». Elles ont souvent pris les devants pour tenter de ramener les hommes à la raison. Elles militaient en faveur de la paix et du dialogue entre les antagonistes.

Entre temps, le  régime a connu une période d’élections présidentielles. A la veille de cette consultation, les Evêques ont, par leur Message  du 29 juin 1998: « N’ayons pas peur, soyons chrétiens dans notre vote », rappelé non seulement le but du vote, mais aussi le devoir de chacun d’y participer, et surtout à qui donner sa voix. Il s’agit de voter pour donner à « notre pays des dirigeants  capables de le remettre sur les voies des vrais dialogues ».

  • La période de François BOZIZE : 2003-2012 :

C’est le changement du régime d’Ange Félix PATASSE, le 15 Mars 2003, à l’initiative de la coalition politico-militaire conduite par le Général de Division François BOZIZE YANGOUVOUNDA.

Cette période se caractérise par des violences continues et multiformes: exactions surtout au début par les libérateurs, braquages, insécurités à cause des rebelles, répressions sur la ville de PAOUA ; dégradations des infrastructures routières, scolaires, sanitaires ; inégalités ;  tribalisme ; abandon de populations entières vivant en brousse fuyant les forces extérieures, notamment la LRA.

Les évêques toujours préoccupés de la situation du pays, du bien-être de sa population  interpellent souvent les responsables politiques, militaires et la société civile par des Messages, notamment :

-Message du 10 janvier 2004 : «  Une espérance s’est levée dans notre pays » : c’est après le changement de pouvoir intervenu le 15 mars 2003.

-Message du 9 janvier 2005 : «  Aux temps d’épreuve, soyez forts, gardez courage » : c’est l’attente du retour aux institutions républicaines.

-Message de janvier 2006 : « Vous êtes le sel de la terre » : c’est une invitation des chrétiens à rester vigilants malgré les exactions et les violences qui continuent après le changement.

-Message du 16 avril 2006 : « Tu ne tueras point » : c’est pour dénoncer la répression qui s’est abattue sur la ville de PAOUA.

-Message  de janvier 2007 : «  Vous êtes la lumière de la terre, vous êtes le sel de la terre » : c’est pour encourager la population à ne pas se décourager devant les inégalités, le tribalisme, les violences multiformes.

-Message du 15 janvier 2008 : « Laissez-vous réconcilier » : C’est pour encourager  la société  aussi bien civile  qu’ecclésiale face aux méfaits et aux travers notoires.

-Message du 22 juin 2008 : «  Aux responsables et aux hommes » : C’est une nouvelle et forte  interpellation  des responsables politiques, militaires et de la société civile en faveur de la population  obligée de se réfugier en brousse à cause de l’insécurité…

Il y a eu sous ce régime, des élections en 2005 et  en 2011. A ces occasions, les évêques ont pris soin de former et d’informer les électeurs quant à leurs droits et devoirs, en édictant des  manuels.

Il ressort de l’analyse de tous ces régimes jalonnés des crises militaro-politiques récurrentes que  l’action efficace de l’Eglise, par les Lettres Pastorales, les Messages, a permis d’éviter le pire.  Il convient d’y ajouter  les différents Colloques organisés par l’Eglise à plusieurs niveaux, ainsi que les actions de groupes de chrétiens, notamment le Groupe de Chrétiens (Méné Oko), le Réseau des Femmes Croyantes Médiatrices de la Paix, la Commission Justice et Paix, l’Association des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture et la Peine de Mort ( ACAT-RCA) qui ont été tout aussi inspirées des principes bibliques et théologiques.

II. REFLEXION RELATIVE A LA CONTRIBUTION DE L’EGLISE CATHOLIQUE DANS    LE DOMAINE  POLITIQUE

 

A la lumière de cette première partie de notre exposé, nous nous sommes livrés à une réflexion à partir d’une série  de questions que nous voudrions partager avec vous. Elles sont les suivantes :

1. Est-il possible d’être homme politique tout en étant homme d’Eglise ? Ou  peut-on faire de la politique tout  en étant homme d’Eglise ?

Cette question est de savoir si l’on peut agir comme homme de Dieu, c’est à dire selon les principes de l’Eglise et, en même temps, comme homme politique. A mon humble avis, cela est généralement difficile parce que les deux fonctions sont souvent incompatibles. Par exemple, l’homme politique utilise tout de suite la force devant une manifestation politique alors que l’homme de Dieu va plutôt emprunter la voix du dialogue, de la tolérance. Voyez comment Jésus est tolérant : à propos de la  femme pécheresse, il a dit aux pharisiens de jeter eux-mêmes sur elle la pierre, s’ils estiment qu’ils  n’ont jamais péché ; ces derniers  se sont retirés un à un sur la pointe des pieds.

2. La recherche de l’argent ne constitue-t-elle pas un handicap à la mission de l’homme de Dieu ?

Pendant longtemps, notre Eglise vivait d’aides ou de dons en provenance de l’extérieur, c’est-à-dire des bienfaiteurs ou parents des prêtres expatriés. Par ailleurs, les prêtres se livraient à des activités, notamment l’agriculture et l’élevage qui leur procuraient ce dont ils avaient besoin pour faire fonctionner l’Eglise.

Or, avec l’évolution des choses, ces aides et ces dons sont devenus rares et les activités productrices de revenus ne sont plus exercées, c’est alors que s’est posé le problème de l’auto-prise en charge.

L’homme de l’Eglise peut alors se livrer à la recherche de moyens lui permettant de vivre. Cependant, il ne doit pas le faire dans un but de profit, sinon il évolue vers le monde qui peut le placer dans des situations contraires aux règles religieuses car, en matière d’affaires, la tentation de fraude fiscale et douanière est vite arrivée.  Il peut aussi être lancé dans une situation de concurrence pouvant le conduire à avoir un comportement peu conforme à ses principes religieux.

Si la recherche de l’argent est de nature à vous conduire à ne pas dépendre d’autrui, en vous permettant de remplir normalement votre mission, alors, c’est correct et acceptable.

Jésus a dit que si votre main doit vous conduire à perdre votre âme, alors il vaut mieux la couper.

3. Si Barthélémy BOGABDA avait vécu longtemps, pouvait-il conserver sa vision politique de l’Eglise ?

A mon humble avis cela n’est pas sûr. Parfois, il allait  être  amené à faire respecter légitimement l’autorité de l’Etat et ce faisant,  il aurait sans doute marché sur les principes religieux.

Cela est de même vrai pour les prêtres qui peuvent s’engager dans la voix politique tout en voulant rester prêtre.

Prenons l’exemple du Père Aristide de Haïti ou l’abbé Fulbert  YOULOU du Congo et bien d’autres qui, pour faire respecter l’autorité de l’Etat ou pour conserver leur pouvoir, ont été obligés d’agir contrairement aux règles de l’Evangile en matant leurs populations. C’est aussi le cas de certains pasteurs qui sont obligés de fermer les yeux sur des injustices pour plaire aux pouvoirs publics afin d’obtenir en échange des subsides de la part des autorités politiques. Lors des élections présidentielles de 2011, il a été dénoncé de toute part que des instances religieuses appelées à assurer la régularité des opérations électorales ont fermé les yeux sur un certain nombre de pratiques illicites qui ont été absolument  préjudiciables pour beaucoup de candidats.

4. Le prêtre a-t-il le droit de faire la différence entre ses fidèles par rapport à leur situation politique et sociale  ou parce qu’ils sont plus généreux ?

A l’exemple du Christ, le prêtre doit être impartial dans ses relations avec ses fidèles. Il ne doit pas préférer tel ou tel fidèle par rapport à sa position social ou parce qu’il est un peu plus généreux. Le prêtre doit être  le rassembleur, celui qui unit tout le monde, petits et grands, pauvres et riches, favorisés et défavorisés,  dans la famille de Dieu. Dieu aime tout le monde de la même manière, Dieu reproche aussi de la même manière.

5. L’homme de Dieu doit-il chercher à plaire ou caresser les hommes politiques dans le sens du poil ?

Bien entendu, il ne doit pas chercher à plaire à l’homme politique en cautionnant ses injustices, ses déviations de toutes sortes. S’il le fait, il sort du cadre religieux. En tout cas, en tant que prophète il doit dénoncer les injustices. Jésus l’a toujours fait tout au long de son passage parmi les hommes.

6. Comment l’homme de Dieu peut-il faire correctement son travail ?

Il le fait dans  le respect de la bible et conformément au droit canon tout en invoquant le Saint Esprit de le combler de sa divine sagesse et de sa lumière.

2ème PARTIE

CONTRIBUTION DE L’EGLISE CATHOLIQUE DANS LE DOMAINE CULTUREL

 

I. POSITION DE L’EGLISE PAR RAPPORT A LA CULTURE

 

Il convient de porter à votre connaissance cette instruction datée de 1659 que  la Congrégation de la Propagation de la Foi donnait aux missionnaires qui partaient en Asie : « Ne mettez  aucun zèle, n’avancez aucun argument pour convaincre ces peuples de changer leurs rites, leurs coutumes et leurs mœurs, à moins qu’elles ne soient contraires à la religion et à la morale. Quoi de plus absurde que de transporter chez les Chinois la France, l’Espagne, l’Italie ou quelque autre pays d’Europe ? N’introduisez pas chez eux nos pays, mais la foi, cette foi qui ne repousse ni ne blesse les rites ni les usages d’aucun peuple, pourvu qu’ils ne soient pas détestables, mais bien au contraire, cette foi qui veut qu’on les garde et les protège » (Le Siège apostolique et les Missions, Paris, Union missionnaire du Clergé, 1959).

Quant au Pape Pie XII, il écrivait en 1929: « Il faut suivre la norme très prudente que, lorsque les peuples embrassent l’Eglise, on ne ruine ni ne détruise rien de ce qui est bon, honnête et beau dans leur caractère et leur génie propre » (Pie XII, encyclique Rerum Ecclesiae, 28 février 1926.

En 1939 il écrivait encore: «  L’Eglise est  appelée à comprendre plus profondément la civilisation et les institutions des divers peuples et à cultiver leurs qualités et leurs dons les meilleurs…Tout ce qui, dans les coutumes des peuples, n’est lié indissolublement aux superstitions ou aux erreurs doit être examiné avec bienveillance et, si possible, être conservé intact » (Pie XII, Summi Pontificatus, 1939).

Plus proche de nous, Pape Jean Paul II, considéré comme grand promoteur et défenseur des cultures, à l’occasion d’une rencontre spéciale avec les cardinaux à Rome, le 5 novembre 1989 disait: « Il ne vous échappe pas combien, personnellement et avec l’aide de mes collaborateurs, j’entends me consacrer aux problèmes de la culture, de la science et des arts. C’est un domaine vital sur lequel se joue le destin de l’Eglise et du monde en cette fin du siècle… » (DC, N° 1775. 1979, p 1006).

En mai 1982, ces propos ont été concrétisés  par la création du Conseil Pontifical pour la Culture, afin de donner à toute l’Eglise « une impulsion commune » dans la rencontre de l’Evangile avec la pluralité des cultures.

L’action de Jean Paul II est le couronnement d’une longue et patiente  maturation de l’Eglise visant à  engager  le Saint-Siège dans la rencontre des cultures et dans la promotion de l’homme.

Chez nous la Conférence épiscopale créera la Commission épiscopale pour la culture.

II. CONTRIBUTION DE L’EGLISE CATHOLIQUE DE CENTRAFRIQUE DANS LE DOMAINE  CULTUREL

Les premiers missionnaires en Centrafrique ont travaillé à l’époque dans les limites de leurs connaissances en théologie, en ethnologie et dans les autres sciences humaines. Ainsi, ils ont connu des conflits avec quelques éléments de la culture centrafricaine.

En effet, nos aînés se souviennent encore des tambours crevés le soir par les pères barbus en soutane puisqu’ils les considéraient comme des instruments du diable et du sorcier. Les instruments de musique traditionnelle : balafon, xylophone, cithare…sont interdits de l’Eglise, sauf l’harmonium et l’orgue. Nos masques jetés au feu en signe de suprême damnation, nos langues étaient incapables de dire ou de chanter Dieu, sauf le latin, nos danses étaient impudiques et irrévérencieuses. En d’autres termes, les cultures qui portaient nos religions étaient plus souvent ignorées, négligées, déclarées « superstitieuses ». Tout cela a été surnommé de « religion des primitifs, animisme, fétichisme, paganisme, et  qualifié tantôt de monothéisme, tantôt de polythéisme, ou même de déisme et parfois de théisme » (N Ossama, Valorisation de la foi culturelle africaine » in civilisation noire et Eglise Catholique, PA, p. 21).

Au cours de ce cinquantenaire,  l’Eglise de Centrafrique, en prenant en compte les directives des papes Pie XII et Jean Paul II, a effectué un apport considérable dans le domaine de la culture.

Très tôt, l’Eglise Catholique a organisé dans différentes paroisses des bibliothèques, salles de lecture et de conférences, maisons de jeunes, centres culturels, et diverses structures pour promouvoir le sport. Signalons également la création des troupes théâtrales capables de produire de véritables spectacles qui éduquent notre peuple.

Certains musiciens et sportifs de renom de notre pays, ont débuté dans les structures de l’Eglise Catholique.

L’Eglise a beaucoup œuvré pour la promotion de la langue sango. C’est ainsi qu’elle a traduit la bible (Ancien et nouveau testament) et certains livres liturgiques en Sango. Dans le même élan, elle a encouragé la composition des chants liturgiques dans les langues locales pour que chaque Centrafricain puisse dire Dieu dans sa propre langue.

L’Eglise a aussi pris à cœur la contribution des peintres et sculpteurs dans le processus de l’évangélisation.  En effet, l’Eglise a beaucoup encouragé les artistes pour que les scènes de la Bible et de la vie quotidienne du peuple soient traduites en couleurs et en formes, à des fins pédagogiques.

Par ailleurs, certains diocèses ont accepté d’offrir leur collaboration pour le développement de l’internet.

Depuis quelques années, l’Eglise essaie de mettre à contribution les minorités Pygmées dans la dynamique de la construction d’une véritable Eglise Famille de Dieu en Centrafrique.

Des exemples concrets concernent les domaines suivants :

  • La Liturgie :

Concernant la liturgie, après une période de rejet et d’affrontement l’Eglise s’est ouverte progressivement aux langues locales. Ce changement de cap a eu comme impact les traductions de la Bible et d’autres documents liturgiques en langues locales. Plusieurs chants en langues du pays ont été composés. Aujourd’hui nous avons de grandes richesses dans ce domaine dans notre Eglise. Nous citerons : Mgr NDayen, Mgr Maître, les abbés Lingo, Tombo, Mobanza, Tongayassi,  Babelet,  Ngoye, Konguende, Agboko, Vickos, Endjimoyo, Dayari, Kpéou, Poukré Kono, Bissialo, Mbilo, Mboula, Bikowo, Bangui,  Nzokongo, Ndroumba,  Bindoumi,  Boukanga, Ngolé,  Poukré, Kossingou, Mbanga, Nginza et les pères Godard et Zoumaldé

Certains laïcs s’y sont mis tels que : Mokama, Madozein, Vomitiade, Kamabani, Lackpezion, Mbono, Outène, Edith Douzima,  Endjiongboté, Yvon Agboko, Chérubin Agboko, Awoyamo le Broto, Sesson, Toussoue,  Kanda,  Madouzekeko,  Ekoman,  Zo Kwé Zo,  Demba,  Kotto, Dotoko,  Finissamba,  Malédou, Kotta, Yondo…

Il faut évoquer l’introduction de la danse, la procession de l’intronisation de la parole, et certains rites…

  • Le sport :

Certains grands clubs de football qui ont survécu aujourd’hui étaient au départ des équipes paroissiales créés par des prêtres : Tempête Mocaf (Père Godart) ; Moura, aujourd’hui SCB (Père Dobozendi) ; Fatima (Père Barbou) ; le Basketball qui a été à deux reprises, lauréat de l’Afrique, a connu son ascension grâce à la formation des premiers grands basketteurs comme Béngué, Kota par des Pères et Frères marianistes du Collège des Rapides, notamment le Frère Mayer.

  • Les maisons des jeunes et centres culturels :

Les centres culturels catholiques sont des maisons communes, des foyers ouverts à tous, des lieux de formation intégrale de la personne, des lieux d’activités liées à la culture, dans la fidélité à  l’inspiration chrétienne. On y mène des activités culturelles : projection de films, internet, lecture et autres échanges, notamment sur la culture de la paix.

 

  • Les arts :

L’art est, par nature, une sorte d’appel au mystère. C’est pourquoi l’Eglise tient particulièrement au dialogue avec l’art et désire que s’accomplisse, à notre époque une nouvelle alliance avec les artistes. Le mot « art », dans toutes les civilisations, embrasse toutes les expressions du génie créateur d’un peuple qui tendent à exprimer la vision de l’homme et la vision du monde de ce peuple à partir des valeurs du cœur et surtout selon un idéal que tout le peuple, sous un nom ou un autre, désigne comme étant beau. Le beau est l’objet propre de l’art. Et l’art est l’effort constant de l’homme de transformer l’univers de son environnement où la vie, la mort et le faux, l’amour et la haine, le beau et le laid, s’affrontent dans un duel sans merci ; de transformer cet univers en un paradis où seule triomphe la splendeur de la vie, c’est-à-dire le beau.

         L’art centrafricain a été dans le passé, une véritable écriture à travers laquelle l’homme centrafricain a exprimé ses croyances, ses peurs, ses angoisses, ses expériences, ses joies et, par-dessus tout, la lutte entre la vie et la mort et le triomphe de la vie sur la mort.

         Les missionnaires ont encouragé les créations des œuvres d’art : à Berbérati comme à Mbaïki, les missions entretenaient une équipe d’ébénistes. Certaines des peintures réalisées dans nos églises en collaboration avec les peintres locaux sont de véritables chefs d’œuvres. On peut ajouter la réalisation de certains autels ou d’autres objets liturgiques tels que les images de la Sainte Vierge et autres saints, les croix, les scènes de la bible, les aubes, les étoles…Tout cela a servi longtemps pour la catéchèse.

         Nous pouvons aujourd’hui admirer les ornements liturgiques réalisés avec les symboles et les couleurs de chez nous, par exemples les décorations des aubes et étoles.

         D’une manière générale, les arts plastiques africains, comme l’architecture africaine sont un langage écrit en signes, en symboles qui véhiculent toute une vision du monde et toute une conception de l’homme. Ils sont souvent l’histoire des peuples africains écrite en ligne de vie.

         Nous notons l’engagement des diocèses de Berbérati et de Bouar qui ont créé des musées pour la préservation de nos œuvres d’art.

 

  • La communication :

L’Eglise catholique s’est très tôt engagée dans le développement des moyens de communication.

Dès le 17 juillet 1948, Bathélémy Boganda, premier prêtre oubanguien avait créé un journal intitulé, « Pour sauver un Peuple » sous titré : « Bulletin mensuel d’action politique, économique et sociale en AEF ». Ensuite, l’Eglise Catholique va imprimer son propre journal : « La Voix de l’Oubangui » qui sera plus tard supplanté par la  « La Semaine Africaine »  qui donnera les nouvelles du Congo-Brazza, du Centrafrique et du Tchad. Certains diocèses vont également créer leurs propres journaux ou bulletins diocésains. A Bangui, « Bulletin Diocésain », à Berbérati « A l’Ecoute de l’Eglise qui est à Berbérati », à Bambari « Lettres des Communautés Chrétiennes » qui deviendra « Mbéti ti séwa », au grand séminaire saint Marc « Kalangba ».

Des mouvements, fraternités et associations catholiques avaient aussi créé leurs bulletins de formation et d’information,  «  Kpengba »( Jeunesse Agricole Catholique) ; « Tam-Tam » (scout) ; « Kuru Go » (Equipes Enseignantes) ; « Mbéti ti aïta Kué »  « Linga » et « Tatara, Journal de la lutte contre les mauvaises mœurs de la société » (JEC).

Pour dynamiser la pastorale des moyens de communication, la Conférence Episcopale Centrafricaine a créé une commission appelée les « Médias Catholiques ». C’est ainsi qu’à travers les Médias Catholiques l’Eglise avait des tranches d’antenne d’éducation et d’évangilisation sur les ondes de la Radio Centrafrique, par exemple « Kukuru Magazine ». Certains mouvements fraternités ou associations avaient aussi leurs tranches d’émission.

L’Eglise Catholique fut la première à ouvrir une radio privée en Centrafrique, la Radio Notre Dame (RND). Ensuite certains diocèses vont également avoir les leurs : Radio Siriri (Bouar), Radio Maria (Bossango), Radio Be Oko (Bambari), Radio Songo (Mbaïki).

Bien avant la prolifération de la téléphonie mobile, les diocèses étaient dotés de postes de radio de transmission qui ont longtemps servi à véhiculer les informations entre les diocèses et les paroisses.

Aujourd’hui, l’Eglise catholique abrite des cybers-cafés à Bouar, à Berbérati, à Bambari et à Bangassou. La Conférence Episcopale Centrafricaine a aussi créé son propre site.

  • Le domaine littéraire :

La Pastorale : P. Godard (Les Borosse, nos Pères dans la foi) ; Abbé Ngoui (La polygamie, La mariologie) ; Père Bernard van Breen (le diocèse de Bangassou par lui-même) ; Willy Eggen (Peuple d’autrui) ; Père SChouver (Nzapa a yéké Nduru na é, Regard historique sur la place des laïcs dans l’Eglise centrafriciane, l’Eglise d’après les Actes des Apôtres, Téné na ndo ti Marxisme) ; Père Claude Adam (les commentaires des évangiles et autres textes liturgiques) ; Père Marcello (Mbéti si Sambéla, nzoni téné na ndo ti séwa) ; l’album du centenaire, Cinquantenaire de l’Eglise de Berbérati ; Père De Banville (divers écrits sur l’histoire de Centrafrique) ; Père Umberto (A kotara) ; Abbé Serge Bangui (Pour un laïcat mûr et responsable, La situation des jeunes dans l’Eglise et la culture, La drogue c’est l’enfer, pour une introduction aux évangiles, l’Eglise et la culture, levons-nous et construisons, le scoutisme tout simplement, Histoire du Centrafrique en cours, anthropologie et développement, philosophie et développement ;  les différents écrits du Père Diatta ; Père Saulnier (Bangui Chante, Les contes et proverbes Mandja, La sorcellerie, Maladie et guérison dans la société traditionnelle africaine…) ; Diocèse de Bouar (Documents pour servir à l’histoire de l’Eglise en RCA) ; Etienne Gurekouale (Evangile ti Jesus Christ so Luc wamokondo a sala na mbéti, Awayanga Nzapa, Abia ti Kundi) ; Les réflexions de Mgr François –Xavier Wombandjé

–  Les Livres de prière et de culte : (Buku ti Kobé ti mungo baptème, Gbya, ita ti mo a yéké na kobéla) ; Bossangoa (Sambéla Nzapa) ; Diocèse de Kaga-Bandoro (E ga na matanga, office de la semaine sainte, auprès des morts, prière eucharistique pour la réconciliation, cantique sango).

La ittérature proprement dite : Basile Siango (A molengué si indépendance, Barthélémy Boganda) ; Marcellin Kpéou (l’Oasis d’un regard) ; Serge-Hubert Bangui (des aurores à l’aurore, Soleils Massacrés, Au marché, Quand Bangui dit Bangui, Belle Centrafricaine mon Bonheur et ma joie)..

Conclusion :

En guise de conclusion, nous voudrions nous permettre de formuler quelques recommandations : cette étude est une grâce que le Seigneur nous a accordée pour mesurer le degré de l’engagement de l’Eglise, des chrétiens comme sel de la terre Centrafricaine et lumière de notre monde. Elle a révélé nos points forts et nos insuffisances, et nous interpelle tous et chacun en particulier :

A l’Eglise Corps du Christ en RCA :

Nous disons : joue pleinement ton rôle de sentinelle, de lumière du monde, de sel de la terre centrafricaine, dans le domaine  politique, afin de poursuivre la mission que le Christ t’a confiée et qui se réalise par la parole et par les actes. Lutte contre les maux qui détruisent notre société, joue un rôle actif d’avant-garde pour combattre tout ce qui avilit l’homme créé à l’image de Dieu.

Aux Responsables Religieux :

Nous disons également : vous êtes les bergers du peuple de Dieu ; pour atteindre une plus grande efficacité dans votre ministère, créez une plate forme de l’action de l’Eglise dans la vie politique et institutionnelle en RCA.

Aux Chrétiens :

Nous vous invitons à prendre  l’engagement solennel de contribuer à l’amélioration des conditions de vie du peuple centrafricain, par une participation responsable à la vie  politique.

Aux Responsables Politiques :

Nous vous prions d’inscrire vos décisions et vos actions dans la recherche de l’intérêt supérieur du peuple centrafricain, de contribuer  à l’amélioration de ses conditions de vie et de traiter à égalité le monde rural et le monde urbain.

Aux Partenaires :

Nous vous supplions d’être solidaires de l’Eglise Chrétienne de Centrafrique dans ses efforts pour le développement de la société au sein de laquelle elle accomplit sa mission.

Pour terminer, nous voudrions remercier très sincèrement l’Abbé Serge-Hubert Bangui dont les riches documents nous ont inspiré dans la rédaction de notre exposé, surtout en ce qui concerne la partie culturelle.

Nous vous disons merci pour attention longuement soutenue.

 

Présenté par Maître Emile et Huberte NDAPOUR

À propos de peredieub

Prêtre de l'Eglise Catholique Romaine depuis le 27 septembre 2009, je travaille actuellement comme vicaire à la Cathédrale Notre Dame de l'Immaculée Conception de Bangui en République Centrafricaine, Aumônier de la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC) et aumônier du Sanctuaire Marial de Ngukomba.

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