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« IMPACT SOCIOPOUTIQUE, ECONOMIQUE ET REUGIEUX DE LA COALITION SELEKA »

INTRODUCTION

La RCA connaît des perturbations politico-militaires cycliques depuis le début des mutineries de 1996-1997. C’est dans ce contexte que le coup de force de 2003 a porté le Général François BOZIZE au pouvoir, après la tentative du putsch manqué de 2001 qui a sensiblement affaibli les institutions républicaines.

Après la transition de 2003-2005, ponctuée des élections qui ont permis le choix du Général BOZIZE à la magistrature suprême, les groupes de rébellion née dans le Nord (FDPC) et l’extrême Nord (UFDR) en 2006, prétextant l’exclusion et les violations des droits de l’homme sur les populations de ces zones se sont soulevés pour combattre le régime central.

Pour résoudre ce problème, les acteurs de la vie sociopolitique ont organisé un Dialogue Politique Inclusif en 2008, qui a vu la participation des principales entités et des groupes rebelles qui ont signé ou accepté de signer un accord de paix avec le gouvernement centrafricain.

Les acteurs centrafricains ont pour caractéristique principale, la violation des engagements pris ou de la parole donnée.

Prenant une fois de plus le non-respect des résolutions du Dialogue Politique Inclusif (DPI) et de la marginalisation des autochtones du Nord qui sont en majeure partie de musulmans, la coalition SELEKA, composée de plusieurs groupes de rébellion (UFDR, CPSK, UFR, CPJP Originale, FDPC ), a pris les armes et démarré une rébellion le 10 décembre 2012 à Ndélé ; en passant par Bria, Ippy, Bambari, Grimari ; pillant et détruisant les biens des non musulmans, l’administration et les structures socio de base.

Ils se sont arrêtés pendant un moment à Sibut et Damara le temps des négociations avec le gouvernement, à la demande de la communauté internationale.

Les accords politique sur la résolution de la crise politique en République Centrafricaine et de cessez-le-feu intervenus à Libreville le 11 janvier 2013 avaient pour objectifs principaux, le cessez le feu, le cantonnement des troupes de la coalition SELEKA et la mise en place d’un Gouvernement d’Union Nationale pour une durée de 12 mois, éventuellement renouvelable, ayant la mission de réaliser une Feuille de Route avec un chronogramme bien précis et le maintien en fonction du Président de la République jusqu’en 2016.

Seulement, chaque partie signataire des accords de Libreville a son agenda caché ; c’est ainsi que la coalition SELEKA a repris les hostilités à la suite de la déclaration faite le 15 mars 2013 par l’ex Président BOZIZE, relative à sa volonté de se représenter aux échéances électorales de 2016. Elle a fini par prendre le pouvoir le 24 mars 2013.

Poursuivant toujours dans sa logique de la culture de la Justice et de la Paix en faveur de ses fidèles, dans leurs milieux respectifs ; l’Eglise veut amener ses filles et fils à devenir les acteurs majeurs de la promotion et protection des droits inhérents à la personne humaine.

Ainsi, pour une meilleure compréhension du thème : « Impact sociopolitique, économique et religieux de la coalition SELEKA », nous traiterons successivement le sujet en tenant compte de son articulation, dans le cadre de l’entrée diocésaine, placée sous le signe de la responsabilité du chrétien face à une crise.

I- IMPACT SOCIOPOLITIQUE

Au plan sociopolitique, il s’agit de traiter de la situation sécuritaire, politique et des droits humains.

A-LA SITUATION SECURITAIRE

La coalition SELEKA au cours de sa marche sur Bangui a détruit toute l’administration et les structures de sécurité.

A la prise du pouvoir par la coalition SELEKA le 24 mars 2013, les responsables ont pris la décision implicite de démobiliser les FACA, la Police et la Gendarmerie ; confiant la sécurité de la population aux éléments de SELEKA qui n’ont aucune expertise dans le domaine.

Entre temps, ils ont investi toutes les provinces de la RCA ; ces derniers ont procédé au pillage des biens appartenant aux non musulmans et aux violations massives et répétées des droits humains.

Certains chefs se sont auto désignés Commandants, sans aucune réaction du pouvoir central. Ces derniers dirigent les Zones d’une manière tout à fait singulière. Ils sèment plus la désolation parmi la population ; préférant tuer, violer, humilier les non musulmans ainsi que leurs biens.

Les éléments qui détiennent les armes sont majoritairement de confession musulmane, avec des grades fantaisistes que l’on a baptisé galon à jeter.

Les événements de Boye Rabe et Boeing sont le fait de la désinformation distillée par certains éléments de la coalition SELEKA à propos du désarmement, pour piller les biens et commettre les exactions de tout genre.

Tandis que le désastre vécu par les populations de Bohong, Bouca et Bossangoa est la conséquence de la frustration de ces dernières qui se sont soulevées pour répondre aux exactions et injustices de certains éléments de la coalition SELEKA appartenant à la confession musulmane.

Les autorités en charge de la sécurité ont vainement entrepris une opération de désarmement qui s’est soldée par un échec; puisqu’elles n’ont ramassé qu’une centaine d’armes de tous calibres.

Un Département en charge du DDR existe dans le Gouvernement de Transition ; mais, il n’a pas été mis à contribution, sans oublier la mise à l’écart de la FOMAC.

Suite à la tentative avortée de créer l’ARC, le Président de la République a rencontré les responsables des FACA, pour leur demander de reprendre service ; mais, les éléments ne sont pas encore opérationnels, faute de matériel de travail. Un nouveau Chef d’Etat Major (CEMA) est désigné, pour mobiliser les FACA à se mettre au travail ; il faut mettre à sa disposition des hommes et du matériel, pour réussir sa mission.

Quelques éléments de la FOMAC sont déployés sur le terrain, pour assurer la sécurité de la population. Seulement, il a été constaté leur inefficacité et le peu d’observation de la Décision N° 02/CEEAC/CCEG/13 Portant Mandat de l’Application du Cessez-le-feu et des Décisions de l’Accord Politique de Libreville par la MICOPAX1 et la Directive sur les règles d’engagement de la MICOPAX1.

Le Président de République a pris la décision de dissoudre la coalition SELEKA le 13 septembre 2013, après de multiples exactions. Cette décision doit être suivie  de  mesures  concrètes,  pour rassurer  la  population ;  puisque,  les braquages, les enlèvements et les assassinats continuent toujours.

B-LA SITUATION POLITIQUE

Le coup d’Etat du 24 mars 2013 a amené les nouvelles autorités à suspendre la constitution du 27 décembre 2004 et à dissoudre toutes les institutions; à l’exception du Pouvoir judiciaire.

L’Accord de Libreville sur la résolution de la crise politique et sécuritaire du 11 janvier 2013 et la Déclaration de N’Djamena du 18 avril 2013 servent de cadre juridique, pour la mise en place des nouvelles institutions de la transition. Il s’agit du Chef de l’Etat de la Transition, le Gouvernement de Transition et le Conseil National de Transition qui est le Parlement de Transition.

La transition est prévue, pour une durée de 18 mois, et éventuellement 24 mois. Elle sera sanctionnée par des élections présidentielles et législatives libres, transparentes et crédibles.

C-LA SITUATION DES DROITS HUMAINS ET HUMANITAIRES

La situation des droits humains et humanitaires sont catastrophiques et très inquiétantes.

1-LA SITUATION DES DROITS DE L’HOMME

Elle est tributaire de l’insécurité entretenue par les éléments de la coalition SELEKA qui détiennent encore des armes par devers eux, suite à la mise à l’écart des éléments des FACA.

Aucune partie du territoire national n’est épargnée de l’occupation par la coalition SELEKA qui était sensée assurer la sécurité des personnes et des biens après l’effondrement du régime de BOZIZE. Ayant ainsi le contrôle effectif du pouvoir, les responsables politiques de la coalition SELEKA ont laissé certains de leurs éléments armés ; violer, exécuter sommairement, enlever et faire disparaître des personnes, porter atteinte aux libertés d’expression et de mouvement, torturer et soumettre à de mauvais traitements, arrêter et détenir illégalement des personnes, blesser plusieurs personnes et piller leurs biens, dont certains sont amenés au Tchad ou au Soudan.

Cet effondrement concerne aussi l’administration judiciaire ; puisque, ce sont les éléments de la coalition SELEKA qui se sont érigés en juges et procureurs. Ainsi, plusieurs magistrats et avocats ont été inquiétés par ces derniers qui les accusent de les avoir poursuivis.

2- LA SITUATION HUMANITAIRE

L’insécurité entretenue par certains éléments de la coalition SELEKA a eu pour conséquence, le déplacement de plusieurs personnes à l’intérieur du territoire national ; tandis que d’autres ont rejoint les pays limitrophes (CAMEROUN, RDC, TCHAD…), pour s’y réfugier. Ces personnes déplacées vivent dans la précarité, et sont exposés aux aléas de la nature. L’accès aux services socio de base devient extrêmement difficile ; à cause de leur occupation.

Plusieurs villages sont incendiés en violation flagrante du droit international humanitaire ; alors qu’il est strictement interdit de s’en prendre aux personnes ne participant pas aux opérations et à des objectifs non militaires.

Si le HCR essaie tant bien que mal, de prendre en charge les réfugiés centrafricains ; les Personnes Déplacées Internes (DPI) sont abandonnées par le Gouvernement, à l’exception de quelques actions ponctuelles en directions d’un nombre infime des bénéficiaires.

D-LA SITUATION ECONOMIQUE

II a été constaté que les Commandants de Zone administrent chacun une partie du territoire national, sans rendre compte au pouvoir central.

Ils lèvent les impôts et prélèvent les taxes, rackettent la population et les rares structures économiques qui ont survécu, pour leur propre compte.

La circulation des personnes et les biens est sujette à caution, parce que l’on doit à la fois une taxe pour les personnes et sur les bagages personnels, marchandises et les véhicules de tout genre (formalités).

Certains responsables de la coalition continuent d’exiger à certaines personnes ou sociétés, le paiement des rançons.

L’insécurité entretenue par les éléments de la coalition SELEKA empêche l’administration fiscale de se déployer sur le terrain, tant à Bangui que dans les provinces.

Les agents de la douane et des impôts n’arrivent pas à travailler normalement sur le terrain, à cause des menaces qu’ils ne cessent de recevoir.

Certains opérateurs économiques de confession musulmanes refusent sciemment de payer les impôts et autres taxes, au motif qu’ils auraient financé la coalition SELEKA, lors de la rébellion.

Il est important de préciser que plusieurs structures économiques publiques et privées ont été pillées et saccagées depuis le 10 décembre 2012, et continuent de l’être jusqu’à ce jour avec comme conséquence la fermeture de certaines sociétés et le chômage a grande échelle

Tous ces faits négatifs sont de nature à compromettre le développement économique de la RCA.

E-L’IMPACT RELIGIEUX

La RCA est un Etat laïc, c’est pourquoi les différentes communautés religieuses ont toujours vécu en harmonie depuis des années ; à l’exception de quelques frictions entre les éleveurs et les agriculteurs, ainsi que celles constaté dans les grandes agglomérations.

Ainsi, pour mieux comprendre le drame que vit la population centrafricaine, il est important de savoir que la coalition SELEKA est composée en majeure partie de musulmans, dont un nombre important de Tchadiens et de Soudanais.

C’est ce qui explique la profanation des Eglises chrétiennes, les exactions et autres violations graves sur la personne des non musulmans et leurs biens. Le ressentiment né à la suite des exactions commises par certains éléments de la coalition SELEKA sur une partie de la population non musulmane a provoqué la réaction négative de cette dernière.

Ces actes crapuleux ont failli provoquer un affrontement interreligieux entre les chrétiens et les musulmans. Il n’y a qu’à suivre le nombre de déclarations et d’interventions de plusieurs responsables des deux confessions religieuses et celles des autorités politiques appelant la population au calme, pour se rendre à l’évidence que certaines personnes à l’intérieur de la coalition SELEKA veulent entraîner la RCA dans cet engrenage irréversible.

CONCLUSION

La prise de pouvoir par la coalition SELEKA le 24 mars 2013 eu des impacts sur le plan sociopolitique, économiques et religieux en République Centrafricaine. Le constat est alarmant : viols, déplacement des personnes, vols, meurtres, enlèvements, pillages…

La République Centrafricaine est devenue le pays où les valeurs éthiques ont été remplacées par l’injustice et la loi du plus fort ; mais le souci de l’Eglise est de préserver la paix, l’unité et la concorde nationale. Pour cela, l’enseignement de Jésus sur le pardon dans l’Evangile de Mathieu 18 ; 21- 22 en est une illustration pour nous les chrétiens. L’invitation du Pape François aux musulmans, pour un dialogue interreligieux ce jour 26 septembre 2013 à la Place Saint Pierre nous réconforte.

Nous avons une très grande responsabilité dans le processus du développement, de la concorde et de la réconciliation nationale.

MBI MOU NA ALA SINGUILA

Par Maître Bruno Hyacinthe GBIEGBA AVOCAT

SUGGESTIONS

1-            Quelle est notre responsabilité en tant que chrétien dans cette crise ?

2-            Que pensez-vous de l’implication de l’Eglise dans la gouvernance politique ?

3-            L’Eglise est-elle vecteur du message de paix et de réconciliation ?

À propos de peredieub

Prêtre de l'Eglise Catholique Romaine depuis le 27 septembre 2009, je travaille actuellement comme vicaire à la Cathédrale Notre Dame de l'Immaculée Conception de Bangui en République Centrafricaine, Aumônier de la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC) et aumônier du Sanctuaire Marial de Ngukomba.

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