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Compte rendu des travaux du vendredi 27 septembre 2013

Les activités du jour débutèrent avec les cantiques d’animation, ceci jusqu’à 8h55, heure à laquelle Monseigneur l’Archevêque fit son entrée ; les laudes animées par les pères et sœurs dominicains suivirent à 9h00. A 9h20, le modérateur du jour, père Blaise KONGOMATCHI, après la présentation du programme, invita le secrétariat à rendre compte des activités de la veille en français et en sango. Le Docteur Boris YAKOUBOU et l’Imam Omar KOBINE LAYAMA exposèrent alors sur le thème : « Chrétiens et musulmans : perspectives et défis du vivre ensemble en Centrafrique ».

En introduction à cet exposé, le modérateur rappelle l’esprit de Nostra Aetate 3 qui traite de l’Islam : « L’Eglise regarde aussi avec estime les Musulmans, qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne. Si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le Concile les exhorte à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté ».

Ensuite Boris, modifiant le thème traite de la relation islamo-chrétienne en quatre points :

  1. Raisons fondamentales de relation islamo-chrétienne
  2. Conditions de cette relation
  3. Les impacts de la crise actuelle et les défis du vivre ensemble entre chrétiens et musulmans.
  4. Perspectives pour un meilleur vivre ensemble entre chrétiens et musulmans.

Le terme défi peut être compris comme un challenge, un pari, une action difficile. C’est une entreprise difficile qui engage soit un individu dans sa vie ou toute une société.

La paix et la sécurité en Centrafrique est d’un grand défi ; elle peut faire objet de pari. Le DDR (Démobilisation, Désarment, Réinsertion) est aussi un défi. Le vivre ensemble est aussi de l’ordre de grands défis de l’heure en Centrafrique, qui doit engager tous et chacun.

  1. Les raisons fondamentales de relations islamo-chrétiennes :

Nous pouvons retenir trois raisons fondamentales qui soutiennent la relation islamo-chrétienne : la raison universelle, la raison théologique, et le meilleur vivre ensemble.

Par raison universelle, nous entendons les valeurs communes à la famille humaine. L’église se fonde sur les valeurs communes pour encourager au vivre ensemble. La doctrine sociale appelle constamment au dialogue en cherchant les formes les plus opportunes de collaboration. On peut retenir deux valeurs universelles : la recherche de Dieu et la recherche de vérité. Qui cherche Dieu, veut la vérité puisque Dieu est la Vérité. Chacun à manière peut chercher Dieu et la vérité.

La deuxième raison, théologique, fondée sur la prière sacerdotale (Jn 17), fait percevoir la nécessité du soutien mutuel et universel dans la prière.

La troisième raison, le meilleur vivre ensemble, fait partie des objectifs de l’église qui veut que les hommes vivent en paix, les uns avec les autres (Eph 4,3). La paix, c’est l’établissement d’une harmonie entre les hommes.

La promotion de la paix fait partie de la mission de l’église qui est signe et instrument de paix dans et pour le monde.

  1. Trois conditions à la relation

Pour être vraie, la relation islamo-chrétienne doit être concrète. Il faut qu’il y ait rencontre : sortir chez soi pour aller vers l’autre.

Cette relation exige aussi un effort de transcendance, un dépassement de ses appréhensions pour arriver à une compréhension de la religion de l’autre et son acceptation.

Aussi dans cette relation, la conversion est exclue. Il ne s’agit pas d’un  espace d’évangélisation.

Ces trois aspects sont à considérés pour une relation islamo-chrétienne. Ainsi pourrait-on remplacer la haine par l’amour, la méfiance par la compréhension, l’indifférence par la solidarité.

  1. Les impacts de la crise actuelle et les défis du vivre ensemble.

Le christianisme et l’Islam ont le plus grand nombre d’adeptes en Afrique. La situation socio-politique de notre pays a un impact sur le vivre ensemble chrétien-musulman.

De la même que l’on se souvient des méfaits de bayamolengué, de même l’on se souvient pendant longtemps des exactions multiformes que nous ont infligées la Seleka composée en grande partie des musulmans. Eu égard à cette blessure, aujourd’hui, le chrétien est face à un grand défi pour pouvoir accepter et vivre avec le musulman, bourreau, persécuteur du chrétien.

Aujourd’hui, les adeptes chrétiens et musulmans sont aux cribles des manipulations politiques. L’on se demande comment  peuvent-ils traduire dans le concret le message d’amour et de paix véhiculé par les livres saints.

Comment parler du vivre ensemble quand aujourd’hui encore des musulmans seleka, non seulement commettent des exactions, mais restent arrogants ? Comment vivre ensemble ? Il faut que tous travaillent ensemble pour une meilleure cohabitation.

  1. Perspectives des relations islamo-chrétiennes

Le chrétien centrafricain a tellement souffert ; il est au croisement si bien qu’il se demande quel type de réaction il pourrait adopter. La responsabilité du chrétien face à une crise est éclairée par sa foi. Si la seule voix qui dénonce est celle de l’église à travers ses responsables, il y a lieu de se demander : quelle attitude chrétienne adoptée aujourd’hui.

Le meurtre de deux enfants à Kinna il y a deux ans a failli dégénérer en conflit entre chrétiens et musulmans. Les prélats ont travaillé à l’éviter.

Aujourd’hui, il faut :

  • Des projets de renforcement des capacités des chrétiens et musulmans.
  • Créer un travail en synergie.

Pour finir, à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu. L’église a toujours éveillé les consciences pour éviter les dérives. La contribution de l’église à une paix est possible si les croyants sont en paix entre eux : tous doivent y travailler.

Des questions : quel type de chrétien devons-nous être dans cette crise ? Quel est le dernier message que tous et chacun doit ramener pour en vivre et inviter les autres à en vivre ? L’on est chrétien aussi bien à l’église qu’à la maison et au travail. Notre espérance est que Dieu peut encore changer les choses.

Le premier manche de cet exposé prit fin à 10h40. Un cantique de paix prépara l’assemblée à l’intervention de l’Imam.

Il commence par situer l’origine de l’Islam au 7ème siècle. Depuis jusqu’à lors, il y a déjà des chrétiens et des musulmans. Il démontre que la cohabitation pacifique entre les musulmans et chrétiens remonte à l’origine de l’Islam. Cette cohabitation est fondée sur la croyance en un seul Dieu et le fait d’avoir Abraham comme ancêtre commun dans la foi de surcroît nous sommes tous des fils d’Adam. L’Islam est une religion de tolérance (coran II, 30-36), de pardon et de paix laquelle est d’ailleurs exprimée à travers la salutation des musulmans. En principe, un bon musulman ne devrait pas tenir de propos malveillants à l’égard de son prochain. Dans  cette crise selekaènne, même les autorités musulmanes ne sont pas écoutées par les rebelles. Lorsque les politiques instrumentalisent la religion, celle-ci aura des problèmes. De même lorsque la religion s’ingère dans la politique, elle aura des problèmes disait l’Iman en citant un Cardinal.

Pour l’instant, nous espérons que seule la religion (musulmans et chrétiens) pourra nous procurer la paix.

Cet exposé a pris fin à 11h 10. Le modérateur offrit la possibilité à l’assemblée d’intervenir à travers des questions et des suggestions. Parmi les multiples questions, nous retenons celles-ci :

– pourquoi les chrétiens et les musulmans se comportent-ils aujourd’hui en ennemis ?

– pourquoi les exactions et les pillages de la Seleka sont-elles seulement orientées à l’endroit des chrétiens ?

– pourquoi la communauté musulmane n’a-t-elle pas organisé une marche de protestation contre les violations des Seleka vis-à-vis des chrétiens ?

– quelles mesures pour les imams qui entretiennent des caches d’armes dans les mosquées ?

– pourquoi les musulmans portent-ils toujours sur eux des armes blanches ?

– quel est le contenu de cette feuille de route qui serait partagée dans les mosquées en 2006 ?

–  quel témoignage de paix, si des mariages musulmans sont accompagnés des crépitements des armes de guerres ?

– que faites-vous en tant qu’imam pour que vous adeptes et surtout les jeunes obtiennent et entretiennent la culture de paix fondamentale à votre religion ?

– quel contenu donnez-vous au vocable de tolérance si dans vos structures scolaires le port et le respect des symboles chrétiens sont foulés au pied ?

– que faites-vous concrètement en tant que musulmans pour promouvoir la paix et entrevoir une sortie de crise ?

  Dans cette séquence, nous devons déjà noter que la plupart des questions ont été adressées à l’Imam Omar KOBINE LAYAMA qui, en réponse, parle de la non-maitrise de la théologie coranique par certains imams qui le sont devenus par voix de succession sans formation préalable. Cette lacune est source de mauvaises interprétations qui justifient certaines pratiques et attitudes contraires aux directives coraniques. Cela conduit à des tendances radicales. Aussi, répondant à la préoccupation des participants, l’imam affirmait que la Seleka est un groupe politique indépendant de la religion musulmane. D’ailleurs, ces éléments de la Seleka n’ont même pas de respect pour les autorités musulmanes. Les questions relatives à l’existence d’une certaine feuille de route et de caches d’armes dans les mosquées, l’exposant réclame des preuves convaincantes.

Ces réponses  aux questions ont été entrecoupées par la prière de l’Angélus a été dirigée par Mgr Ngoui et par l’Office du milieu de jour. Et à 12h 58, l’Imam s’était retiré.

La séance a repris 14h40 avec l’abbé Cédric et la Sœur Lucie qui exposèrent sur le Magistère/la Conférence Episcopale Centrafricaine et la réalité sociopolitique de Centrafrique. Il s’agit d’une analyse menée sur base des textes de nos pères évêques. Autrement dit, il s’agit de présenter :

Les fondements théologiques des engagements

Le magistère particulier

Commençant, l’abbé Cédric a présenté la crise comme étant d’abord une crise socio-économique à laquelle s’est greffé la crise militaro-politique. Mais quoiqu’il advienne, il faut se faire qu’une crise est toujours une occasion de conscience qui permet au peuple d’écrire une nouvelle page de son histoire. C’est ainsi qu’il importe de traiter des fondements théologiques de l’engagement du chrétien.

Trois fondements théologiques ont été repérés :

  1. Bonté de la création
  2. Christ
  3. Eschatologie

Parlant de la création, il faut se dire qu’elle est acte de la bonté divine. Tout ce qui existe est créé par Dieu et appartient à Dieu. En atteste le Psaume 23,1-2. En tant qu’œuvre divine, le monde est bon comme Dieu lui-même est bon (Gn). La bonté est la caractéristique du monde créé. Et l’homme doit être capable de connaître celui qui est. La création est la manifestation de la bonne volonté de Dieu qui fait advenir ce qui n’est pas. Le péché vient obscurcir la création, certes, mais ne l’annihile pas. La création apparaît à terme comme un message d’espérance : sur le terrain de la lutte contre le mal et la souffrance, nous pouvons nous estimés d’ores et déjà vainqueurs.

Fondement eschatologique

Ce fondement traite du royaume de Dieu. En Jésus, ce royaume s’est rapproché des hommes, il est présent dans notre monde. Il est critique et met en question l’homme de l’humanité à être érigée en absolu.

Principes de la doctrine sociale de l’église :

  1. Homme
  2. Destination universelle des biens
  3. Principe de subsidiarité,
  4. Principe de la participation et de la solidarité.

Méthode qui commande la rédaction des lettres pastorales des évêques :

Les lettres des évêques épousent la forme des encycliques. La méthode, c’est le voir, juger, agir. A lire les lettre, on s’aperçoit qu’il y a le triptyque : voir, interpeller, proposer. En témoigne la dernière lettre des évêques qui qualifie l’actuelle crise comme un « spectacle du jamais vu ». L’abbé a passé le relai à la sœur Lucie à 15h15 pour traiter des engagements de l’église.

En se basant sur des documents officiels de l’Eglise universelle particulièrement sur les documents conciliaires (Apostolicam Actiositatam, Gaudium et Spes) et quelques Exhortations Apostoliques (Evangelii nuntiandi, Christifideles laici), la sœur Lucie a parlé de la mission de l’Eglise en rapport avec la réalité temporelle. Elle termina à 15h45.

Monseigneur le Nonce Apostolique, qui a fait son entrée à 15h00, prit la parole à 15h50 pour saluer l’assemblée. Son partage porte sur trois points :

  • Le Saint père
  • Action stratégique
  • Le nonce lui-même.

Commençant par le dernier point, il rappelle le contexte de la nomination des évêques, son travail de nonce, ses vacances annulées à cause de la menace des séléka. En visite en juin 2013 à Rome, il donne les nouvelles du pays au Pape : ça va mal. Il se rend alors au Tchad en mission pastorale pour revenir hier à 21h00.

Revenant au point relatif au Saint Siège, le Nonce a rappelé toute l’attention en faveur de la Centrafrique. Il veut que les assaillants étrangers  rentrent chez eux pour laisser les centrafricains en paix. Le problème en Centrafrique, ne concerne pas la relation islamo-chrétienne. Ce sont eux (les assaillants étrangers)  qui sont venus avec les armes perturber la quiétude de ce peuple inoffensif. Les problèmes au niveau des Nations Unies, c’est l’information. Trop de mauvaises informations courent pour dire qu’il n’y a pas de problème en Centrafrique. Le travail doit se poursuivre au niveau des actions stratégiques à tous les niveaux, y compris la communication.

Un cantique prépara au discours de clôture prononcé par Monseigneur l’Archevêque à 16h25 en français et en sango.

L’Archevêque a commencé par rendre grâce au seigneur pour les quatre jours d’assise. Beaucoup d’informations, de réflexions ont été partagées pour redynamiser tout un chacun. La parole de Dieu reste notre source. Nous nous y fondons pour promouvoir le dialogue et œuvrer de manière non violente. Boganda a marché à la suite du Christ et a servi la nation. Aujourd’hui, l’église a apporté et  continue d’apporter sa pierre pour l’édification de notre nation. Nous disons  encore non aux exactions perpétrées par la seleka : plus jamais ça ! Puisse la Vierge Marie, Reine de la paix, continuer de prier pour la paix véritable en Centrafrique.

Tout a pris fin avec les Vêpres à 16h45 ; l’assemblée s’est alors dispersée.

À propos de peredieub

Prêtre de l'Eglise Catholique Romaine depuis le 27 septembre 2009, je travaille actuellement comme vicaire à la Cathédrale Notre Dame de l'Immaculée Conception de Bangui en République Centrafricaine, Aumônier de la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC) et aumônier du Sanctuaire Marial de Ngukomba.

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