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Homélie de la Messe de la Rentrée Pastorale du 29/09/2013 Textes liturgiques : Am 6,1a4.-7 ; Ps 145 ; 1Tm 6, 11-16 ; Lc 16, 19-31

Excellence Monseigneur Jude Thaddeus OKOLO, Nonce Apostolique,

Chers confrères prêtres dans le sacerdoce ministériel,

Chers religieux et religieuses,

Frères et sœurs dans le Christ

Excellence Messieurs les ministres, membres du gouvernement,

Distingués invités,

Vous tous hommes et femmes de bonne volonté,

Aujourd’hui, nous arrivons au terme et surtout au sommet de nos assises de la rentrée pastorale 2013-2014 marquée par l’Eucharistie. Comme les années antérieures, nous avons répondu avec un cœur joyeux et heureux de nous accueillir les uns et les autres. Six jours durant, nous avons communié autour du thème de l’année, assidus aux enseignements de nos frères et sœurs venus nous aider à assumer mais d’abord à comprendre « la responsabilité du chrétien face une crise ». De là est sorti le slogan de l’année : « Chrétiens de l’archidiocèse de Bangui, engageons-nous pour relever les défis de notre temps » !

Ce thème a été choisi en lien avec les réalités de notre pays. L’obligation de rester debout que nous impose notre foi en Jésus, vainqueur du mal, exige de nous un plus grand témoignage de l’espérance qui nous habite. C’est alors que nous sommes faibles que nous devons être forts. Ensemble, nous avions défini le cadre de cet engagement et avions exploré les pistes de nos actions possibles pour un retour à la paix et à l’unité. L’année pastorale qui s’ouvre devrait permettre d’approfondir la réflexion amorcée et d’affiner la recherche du chemin de la paix et de la cohésion nationale.

La belle parabole du riche et du pauvre Lazare que nous propose la liturgie de ce jour traite de l’inégalité sociale, une de ses réalités qui justement creusent des fractures dans le vivre-ensemble d’une société. Deux hommes d’une même ville et pourtant voisins se retrouvent malheureusement à vivre deux situations sociales totalement opposées. A l’intérieur d’une maison, l’un choisit son repas parmi plusieurs autres mets et vit dans le luxe.

A l’extérieur, juste au-delà d’un mûr, l’autre manque jusqu’au minimum vital. C’est le dénuement, la misère. Deux mondes en un. Pourtant Lazare refuse de rester cantonner dans les limites de son monde fait de misère. Il refuse de demeurer du côté de la barrière qui lui est réservée. Il la franchit, s’avance sur la porte et tends sa main de mendiant au riche voisin indifférent, la main de l’amitié, celle de leur salut commun. Mais les avoirs du riche l’empêchent de voir cette main. Il est frappé de cécité, celle qui empêchent de voir l’autre, de lire dans ses yeux ses aspirations, d’aller à sa rencontre, le satisfaire pour lui apporter la paix et vivre à son tour en paix. Le riche est aveuglé par ses propres assurances. Il a les oreilles bouchées par sa propre sécurité. Le dépit s’installe, le désespoir naît et la mort surgit. D’abord celle du pauvre, celui là qui n’a rien, sans défense ; puis celle du riche ensuite. Finalement la mort est le dénominateur commun du riche et du pauvre.

Aujourd’hui, les pauvretés qui font le lit de diverses situations de division et de tensions dans notre société sont de types variés. Touchant les individus comme des communautés, elles peuvent être matérielles, sociales, morales ou spirituelle. Sans négliger ces diverses expressions de la pauvreté, je voudrais m’arrêter sur les deux plus grandes qui nous accablent en tant que nation en ce moment : la paix et l’unité.

Dieu est source de paix. Il nous l’a accordée en Jésus. « C’est lui, en effet, qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chaire il a détruit le mur de séparation : la haine » Ep2, 14. La paix est la condition sine qua non de pour la réalisation de soi et de l’autre. Sans la paix l’on ne peut parler de développement, de l’éducation, du commerce, des travaux champêtres, de voyage… Je nous prie de revenir vers le Christ afin qu’il nous accorde la Paix.

A la question de la paix vient se greffer celle de l’unité, «…pour qu’ils soient un comme nous sommes un» Jnl7, llb. Barthélémy BOGANDA ne s’était certainement pas trompé en intégrant le mot unité dans notre devise. Cette unité est aujourd’hui battue en brèche par la présence massive de soldats étrangers dont nous ignorant tout des us et coutumes. L’heure a sonné de reconquérir cette unité en accueillant et en estimant des frères centrafricains pour collaborer tous ensemble à la reconstruction du pays. Une foule plus nombreuse de Lazare est née de ce tsunami seleka. Malheureusement leurs mains restent désespérément tendues. Il n’ya toujours personne pour les inviter a leur table. Personne pour soigner leur lèpre. Personne pour essuyer leurs larmes. La souffrance s’installe et le peu de dignité qui leur reste s’en va avec le spectacle de leurs bétails emportés, le spectacle de leurs champs dévastés par des troupeaux de bœufs ; celui de leurs maisons brûlées et de leurs enfants désemparés qu’ils ne peuvent même plus nourrir et protéger.

Il faut redouter la colère du pauvre ; la colère de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Nous avons tous été témoins des récents événements de Bohong, Bossangoa, Bouca et de leurs environs. L’exaspération qui s’était emparée des populations de ces localités et les dérives qui en avaient résulté sont une invitation à cesser de se payer sur la bête avant que, par contagion, cette révolte paysanne ne gagne toute la région puis tout le pays. Les conséquences, à ce moment là, seraient inimaginables.

Chers frères et sœurs, n’allons pas trop vite en besogne en considérant l’autre comme le riche et nous comme le pauvre. Chacun a des richesses qui l’empêchent d’entrer en relation avec l’autre. Chacun est pauvre à cause de manques multiformes. Ainsi nous avons besoin de la foi pour nous aider à discerner des richesses à partager et de garder notre cœur pour le remplir de la présence du Christ.

Aujourd’hui, au terme de nos assises, nous avons la joie de vivre une ordination diaconale et sept ordinations presbytérales. Une grâce! Quel bonheur de voir autant de jeunes continuer à répondre aussi généreusement à l’appel du Seigneur, particulièrement dans ce contexte de doute et de questionnement sur la présence de Dieu dans notre histoire de souffrance. En ces ordinations, je veux voir un signe que nous fait le Seigneur. Le signe que, Lui, ne nous a pas abandonnés. Qu’il est là au cœur de notre drame et qu’il nous invite à être plus forts que jamais.

Mes chers fils bien aimés, le « oui » que vous allez dire dans les minutes qui suivent au Seigneur est généreux et capital. Par ce oui, vous choisissez aujourd’hui de faire de tout vôtre être le canal de communication de Dieu à vos frères et sœurs meurtris de Centrafrique. Par ce oui, vous acceptez d’accompagner ce peuple sur le chemin de l’espérance, celui de l’unité et de la paix. Une telle tâche, vous en êtes conscients, est aussi noble qu’exigeante. Pour les assumer, faites vôtres, les conseils d’un Père à son fils Spirituel que Paul prodigua à Timothée en sa lettre pastorale du même nom dont nous avions eu un extrait tout à l’heure. A cause du caractère d’homme de Dieu qui vous sera imprimé, je vous exhorte, avec Paul, à grandir dans la foi, à entrer dans une familiarité avec la parole de Dieu afin qu’elle vous transforme et vous sanctifie. Cette parole a une puissance de relèvement. Je vous prie de l’annoncer à temps et à contre temps pour le salut de l’humanité. Au nom de cette parole, laissez-vous vous réconcilier avec Dieu et avec vos ennemis.

Vous êtes encore jeunes. Mais la grâce de l’ordination imminente qui vous sera conférée vous accorde le statut de « presbyteroi », c’est-à-dire d’anciens, habilités à conduire la communauté. Comme le ferment dans la patte, c’est à vous de l’amener à puiser en Jésus, la source, l’esprit et l’énergie de son engagement au cœur de la réalité politique et sociale. Puisse Dieu vous accompagner tout le long de votre ministère naissant. Qu’il vous rende forts au temps de l’épreuve. Qu’il comble les prophètes que vous devenez de son esprit de force, sagesse et amour. Qu’il vous donne de devenir des hommes eucharistiques. Je vous prie de soigner votre liturgie afin d’aider les hommes à rencontrer le Tout-Autre, c’est à dire le Christ.

Bien chers laïcs et vous tous hommes et femmes de bonne volonté, votre responsabilité chrétienne en présence de cette crise est décisive. Plus qu’avant vous êtes invités à vous organiser pour investir d’avantage le champ politique, à la fermenter de l’intérieure de l’esprit du Christ qui est vie. Que votre action non violente soit plus fréquente et plus intense au cœur de nos populations pour les porter à toujours défendre la dignité de la personne humaine et à rechercher la paix ; plus spécialement avec nos frères musulmans. Cette rébellion a apporté le doute et de la défiance dans les relations entre les chrétiens et les musulmans. Elle a ébranlé les racines de la confiance mutuelle qui caractérisait notre vivre-ensemble naguère harmonieux et sans heurts.

Massivement, des chrétiens avaient payé et continuent de payer de leur vie, de leurs biens et de leur dignité les méfaits de la seleka. Mais je puis assurer que des musulmans aussi en ont souffert et en souffrent. Tous les musulmans ne sont pas de cœurs avec les exactions de la seleka. Tous n’en sont pas complices. Il ne devrait donc pas avoir de « match retour » mais des efforts de part et d’autre d’un retour à la convivialité et à l’harmonie originelle. Toute confrontation religieuse serait suicidaire pour le peu de chose qui reste de l’unité nationale centrafricaine. Alors nous pouvons faire nos adieux à nos espoirs de vivre en paix et dans la prospérité sur cette terre de nos ancêtres que personne ne nous enlèvera.

Prions le seigneur pour qu’il nous accorde la sagesse assise auprès de Lui afin que pleins de courage et de pardon, nous opérions le sursaut qualitatif de la réconciliation dans la justice et la vérité pour éviter le pire et donner une chance à ce pays d’être libéré de ses démons. Nos chances de survivre et de connaître la paix résident dans notre unité. Que le seigneur nous donne de panser nos blessures, d’avoir de la compassion les uns pour les autres afin de guérir de la lèpre de nos divisions et de la haine. Alors Lazare et le riche pourront manger à la même table et aspirer au même paradis en Centrafrique.

Confions à la divine miséricorde et à l’intercession de la vierge de l’Oubangui notre pays. Qu’elle prie son Fils de nous donner la paix afin de vivre dans l’unité. Amen !

Donné en Année du Seigneur 2013

A la paroisse N.D. de Fatima de Bangui,

le 29 septembre 2013.

Mgr Dieudonné NZAPALAINGA, C.S.Sp

                Archevêque de Bangui

À propos de peredieub

Prêtre de l'Eglise Catholique Romaine depuis le 27 septembre 2009, je travaille actuellement comme vicaire à la Cathédrale Notre Dame de l'Immaculée Conception de Bangui en République Centrafricaine, Aumônier de la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC) et aumônier du Sanctuaire Marial de Ngukomba.

Discussion

Une réflexion sur “Homélie de la Messe de la Rentrée Pastorale du 29/09/2013 Textes liturgiques : Am 6,1a4.-7 ; Ps 145 ; 1Tm 6, 11-16 ; Lc 16, 19-31

  1. so ta kota téné ti é a wa ma bé ti mara ti da nzapa koué nga na ti a molenge ti bea africa oko oko na lango ti ngangu so é yéké da so!
    singuila mingui na mo kota bua!
    yingo ti gbia a zu na ndo ti mo la kué si mo wara légé ti gué na ndo so toto na nvundu a yéké da na bé afrika ti la so!

    ita crépin konzégué koyangué
    socio politologue na senda gui ti bangui.

    Publié par crépin konzégué koyangué | 9 novembre 2013, 2311 34

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